RA 2025
Pôle Médecine de Ville

Réseau de Microstructures Alsace

Pôle Médecine de Ville — 26 ans d'expérimentation en médecine de proximité

1 350
Patients suivis au 31 décembre 2025
411
Nouvelles inclusions en 2025
16
Microstructures actives (10 Bas-Rhin, 6 Haut-Rhin)
55
Médecins généralistes (hors remplaçants)
84,4
Patients en moyenne par cabinet
46,9 ans
Âge moyen de la patientèle

Motifs d'inclusion — file active totale

Type de structure d'accueil

Le contexte et les enjeux réglementaires

Depuis 2020, Ithaque expérimente pour le Réseau de Microstructures Alsace un financement au forfait versé par la CNAM à l'inclusion des patients. Les évaluations positives de fin 2023 ont ouvert la perspective d'une entrée au droit commun à partir de mai 2025. Cependant, après seize mois de transition et dans un contexte d'instabilité gouvernementale, ce passage a d'abord été reporté de deux mois, puis depuis l'été 2025, à date ultérieure indéterminée.

Ce report fragilise de facto le réseau : l'absence de visibilité sur les nouvelles modalités de fonctionnement génère une inquiétude légitime au sein de la centaine de professionnels mobilisés en Alsace. Après 26 ans de fonctionnement et malgré des bénéfices maintes fois documentés, aucun acteur local, régional ou national n'a pu participer à l'élaboration du futur cadre d'exercice.

La phase transitoire contraint Ithaque à fonctionner à périmètre constant, sans possibilité d'extension du nombre de structures ou de patients suivis. Six cabinets de médecine générale attendent de rejoindre le réseau, tandis que plusieurs microstructures en activité demandent l'extension de leurs permanences face à l'augmentation des besoins et l'aggravation des situations. Néanmoins, l'activité des microstructures se maintient à un haut niveau en 2025, témoignant de la pertinence du modèle et de l'engagement des équipes.

Le réseau en 2025

Une nouvelle microstructure a ouvert ses portes à Strasbourg en janvier 2025 au sein d'un centre de santé, remplaçant celle du Neuhof qui a cessé son activité en 2024. Cette création marque un tournant : pour la première fois en 26 ans, une microstructure s'implante dans un centre de santé, ouvrant de nouvelles perspectives de déploiement et de partenariat.

Au total, 16 microstructures sont actives en 2025, réparties du nord au sud sur l'entièreté du territoire alsacien : 10 dans le Bas-Rhin et 6 dans le Haut-Rhin. On note une concentration significative de 8 microstructures au sein de l'Eurométropole de Strasbourg, où le dispositif a connu son développement le plus important, marquant par ailleurs sa complémentarité avec les autres structures de soin et d'accompagnement (CSAPA notamment). Le dispositif se déploie dans trois types de structures : les MSP accueillent 749 patients (55,5 %), les cabinets isolés en suivent 528 (39,1 %) et le centre VYV 73 (5,4 %). Cette répartition reflète le mouvement structurel que connaît la médecine générale actuellement, vers l'exercice regroupé et pluriprofessionnel.

Cette tendance devrait s'accentuer significativement dans les mois à venir, notamment avec la fusion envisagée des microstructures de Strasbourg Laiterie et Strasbourg Musée d'Art Moderne dans le cadre d'un projet de maison de santé, dont les files actives combinées atteignent 345 patients. Cette évolution porterait le nombre de patients suivis en MSP à plus de 1 000.

En 2025, le réseau alsacien fonctionne grâce au concours, sur le terrain, de 55 médecins (hors remplaçants), 6 psychologues, 7 travailleurs sociaux, et 4 psychiatres.

Activité 2025

Au 31 décembre 2025, 1 350 patients sont suivis par les microstructures, avec 411 d'entre eux nouvellement intégrés cette année. Si la file active générale est en léger recul par rapport à 2024 (–0,10 %), l'activité reste à un haut niveau avec une moyenne de 84,4 patients par cabinet.

Cinq microstructures concentrent à elles seules 54 % de la patientèle générale : Strasbourg Laiterie (178 patients), Strasbourg MSP Elsau (170), Strasbourg Musée d'Art Moderne (167), Strasbourg MSP Hautepierre (132) et MSP Fréland (99). À l'exception de cette dernière, ces structures sont situées à Strasbourg, confirmant l'intérêt du dispositif en contexte urbain.

La nouvelle microstructure du centre VYV a enregistré une montée en charge exceptionnelle depuis janvier 2025, avec 73 patients suivis dès la première année par cinq médecins différents, marquant la montée en charge la plus rapide jamais observée pour une microstructure de moins d'un an.

En 2025, 411 personnes ont été nouvellement inclues dans le dispositif, illustrant le bon renouvellement de la patientèle générale. Le Bas-Rhin accueille 377 nouveaux patients tandis que le Haut-Rhin en intègre 64, traduisant une moyenne de 37,7 nouveaux patients par microstructure dans le Bas-Rhin et 10,7 dans le Haut-Rhin.

Répartition de la patientèle par genre (n=1 350)

Profil des patients suivis

La patientèle en 2025 demeure, comme les années précédentes, majoritairement féminine, illustrant la pertinence continue du modèle pour les femmes. Elles sont 735 à être suivies en microstructure (54,4 % de la patientèle) contre 615 hommes (45,6 %). L'écart entre hommes et femmes se resserre au niveau des nouvelles inclusions réalisées en 2025 : sur 411 patients nouvellement intégrés, 216 étaient des femmes (52,6 %).

La moyenne d'âge générale des patients suivis est de 46,9 ans, avec certaines différences marquées selon le motif d'inclusion et le territoire. Par exemple, il est intéressant de noter l'écart entre la moyenne d'âge des femmes incluses pour addiction dans le Haut-Rhin (62 ans) et celles incluses pour le même motif dans le Bas-Rhin (45 ans).

Motif Bas-Rhin — Femmes Bas-Rhin — Hommes Haut-Rhin — Femmes Haut-Rhin — Hommes
Addiction45 ans46 ans62 ans49 ans
Précarité45 ans46 ans48 ans49 ans
Covid / Santé mentale41 ans40 ans46 ans47 ans

Le dispositif articule ses inclusions autour de trois motifs. La patientèle globale se répartit entre l'addiction (686 patients, 50,8 %), la précarité (476 patients, 35,3 %) et le Covid/Santé mentale (188 patients, 13,9 %). L'expérimentation Covid/Santé mentale, autorisée entre 2021 et fin janvier 2024, n'est plus ouverte aux nouvelles inclusions depuis cette date. Les 188 patients comptabilisés sous ce motif sont donc exclusivement des patients inclus avant 2024, dont le suivi se poursuit hors financement. Cela explique l'absence de nouvelles inclusions sur ce motif en 2025 : les 411 entrées dans le dispositif cette année se répartissent intégralement entre l'addiction (244 patients, 59,4 %) et la précarité (167 patients, 40,6 %).

Motifs d'inclusion — nouvelles entrées 2025

Substances consommées (patients addiction)

Répartition des motifs d'inclusion par microstructure — Bas-Rhin

Répartition des motifs d'inclusion par microstructure — Haut-Rhin

La répartition des motifs d'inclusion varie considérablement d'une microstructure à l'autre, reflétant les caractéristiques des territoires desservis et les profils de patientèle propres à chaque équipe. L'addiction constitue le motif dominant dans la majorité des structures, particulièrement prégnante à Strasbourg Laiterie (147 patients, 82,6 %), à Strasbourg Musée d'Art Moderne (107 patients, 64,1 %) et à Hochfelden (43 patients, 75,4 %). La précarité est quant à elle surreprésentée dans certaines structures strasbourgeoises : elle constitue le premier motif à Strasbourg MSP Elsau (91 patients, 53,5 %) et représente une part importante à Strasbourg MSP Hautepierre (61 patients, 46,2 %), deux structures implantées dans des quartiers marqués par des fragilités socio-économiques importantes.

En 2025, les patients accompagnés pour addiction génèrent la majorité des actes réalisés : 68,8 % des actes médicaux (5 418), 53,1 % des actes sociaux (801) et 63,5 % des actes psychologiques (1 808), reflétant l'engagement intensif des professionnels auprès de cette patientèle.

Actes produits par motif d'inclusion — 2025

Parmi les patients inclus pour addiction, l'alcool et le tabac demeurent les substances les plus consommées, concernant respectivement 208 et 200 patients. Les opiacés constituent une problématique majeure pour 184 patients, suivis du cannabis (119 patients) et de la cocaïne (96 patients). Cette consommation s'inscrit quasi systématiquement dans un contexte de polyconsommation. Les addictions sans produits restent marginales, ne concernant que 11 patients.

Projets, actions thématiques et formations

Une réorganisation des missions au sein de l'équipe d'encadrement du Pôle Médecine de Ville, marquée notamment par l'arrivée de Dr Flavie Oster en coordination médicale, a permis dès la mi-2025 de définir un plan d'action ambitieux autour de projets, d'actions thématiques et formations à destination des professionnels de microstructures. Bien que son déploiement soit projeté principalement pour 2026, les premières initiatives menées en 2025 ont d'ores et déjà démontré la pertinence de cette nouvelle orientation stratégique.

Mise en place d'une activité de téléexpertise psychiatrique

Face à la saturation du secteur psychiatrique et aux besoins croissants en matière de santé mentale, le Pôle Médecine de Ville a organisé dès 2025 une activité de téléexpertise psychiatrique assurée par Vincent Tritschler, Psychiatre addictologue en microstructure. Ce dispositif, actuellement proposé une fois par mois, offre aux professionnels de microstructure et aux médecins généralistes du réseau un accès direct à l'expertise spécialisée pour les situations les plus complexes, là où ils ressentent le besoin d'un regard extérieur. Cette initiative, porteuse de perspectives prometteuses au regard de la patientèle accompagnée, sera réévaluée en 2026 afin d'ajuster ses modalités aux enjeux cliniques et aux contraintes organisationnelles du terrain.

Actions thématiques et formations : l'exemple du Mois sans Tabac

En réponse à un appel à projets de la CPAM et suite à l'octroi d'un financement de 20 000 euros, Ithaque a déployé de nombreuses actions sur plusieurs de ses sites dans le cadre du Mois sans Tabac. Au sein des microstructures, cette mobilisation s'est concrétisée par 13 stands d'information, 12 ateliers collectifs, une cinquantaine d'entretiens individuels d'accompagnement à la réduction ou l'arrêt du tabac, et 2 formations organisées en novembre. Ces dernières, pensées autour de la thématique de l'accompagnement à la réduction des risques, à la réduction ou l'arrêt du tabac en médecine de ville, ont permis de former une trentaine de professionnels dont plusieurs médecins généralistes du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.

Suite au succès de ces premiers temps d'échange et de formation, permettant par la dynamique créée de resserrer les liens avec les médecins généralistes participants, l'équipe d'encadrement du Pôle Médecine de Ville a élaboré fin 2025 une série de propositions à destination des professionnels dans le cadre du Dry January 2026, ainsi qu'un catalogue de formations / actions pour l'année 2026.

Journée annuelle du Réseau de Microstructures d'Alsace

Fin 2025, le point d'orgue du travail engagé tout au long de l'année a été la tenue de la journée annuelle du réseau de microstructures, organisée pour la première fois en collaboration avec la Halte Soins Addiction de Strasbourg, portée par Ithaque.

L'immersion au sein de la HSA – visite des locaux et présentation du matériel de réduction des risques – a permis de sensibiliser et former les 42 personnes présentes, dont 16 médecins généralistes, aux thématiques de la RdRD et aux actions d'accompagnement et de soin en addictologie proposées par Ithaque. Les nombreux échanges, particulièrement appréciés des participants, ont ouvert la voie à de nouvelles perspectives : la mise à disposition de matériel stérile au sein des cabinets membres du réseau et l'accès futur au dispositif d'analyse de produits développé par Ithaque (2026/2027).

Cette journée de rencontre a également confirmé l'importance de prioriser, en 2026, l'organisation de formations régulières en addictologie pour les médecins généralistes du réseau et les équipes intervenant en microstructure (psychologues, travailleurs sociaux, psychiatres).

Journée annuelle du réseau de microstructures