RA 2025
Réduction des risques

Hébergement ARGOS 2

Soin avec Hébergement Adossé à une Halte Soins Addictions — 4e année de mise en œuvre

35
Admissions en 2025 (vs 36 en 2024)
8 762
Actes paramédicaux réalisés
1 051
Actes sociaux réalisés
48 ans
Âge moyen (vs 45 ans en 2024)
4
Motifs d'inclusion en moyenne par hébergé
14 / 23
Sorties ayant nécessité le 115

Répartition produits consommés

Admissions et actes paramédicaux

Bilan d'activité 2025

Pour sa quatrième année de mise en œuvre, le dispositif de « Soin avec Hébergement Adossé à une Halte Soin Addiction » maintient en 2025 un niveau d'activité comparable à celui de 2024. En 2025, le nombre de personnes accueillies reste en cohérence avec celui de 2024, avec 35 admissions en 2025 contre 36 l'année précédente. On observe une augmentation du nombre de motifs d'inclusion par personne par rapport aux années antérieures. Nous constatons pour cette année 2025, une moyenne de 4 motifs d'inclusion différents par hébergé. Les personnes accueillies présentent régulièrement plusieurs pathologies, dont la sévérité semble s'intensifier (ischémie intestinale, syndrome neurologique dégénératif, spondylodiscite par exemple). Cette évolution se traduit par une intensification de l'activité paramédicale avec 8 762 actes identifiés.

Le déséquilibre du ratio hommes/femmes s'est renforcé cette année, la proportion de femmes ayant chuté de manière significative, passant de 10 en 2024 à 5 en 2025. La moyenne d'âge des hébergés est un peu plus élevée, 48 ans en 2025 contre 45 ans en 2024. La répartition des produits consommés reste similaire à celle de l'année précédente : 62,5 % pour la cocaïne et cocaïne basée, 36,7 % pour les opiacés. Concernant les horaires de consommation, on observe une légère baisse des consommations nocturnes. L'équipe a travaillé sur l'inversion du rythme nycthéméral avec le soutien des psychiatres du dispositif. Par ailleurs, le profil de certains hébergés cette année a permis de leur proposer des « contrats premières heures », favorisant leur réinsertion professionnelle et entraînant une baisse de leurs consommations la nuit.

Les orientations vers un hébergement stable restent toujours très difficiles à trouver faute de place dans les dispositifs de droit commun (comme les CHRS, lits de stabilisation, hébergements acceptant des animaux de compagnie). Sur 23 sorties, 14 ont nécessité un recours au 115.

L'équipe éducative a pu réaliser 1 051 actes sociaux concernant entre autres les demandes d'orientation, l'accès aux droits (CNI, domiciliation, sécurité sociale, CSS, CAF, ressources/RSA) et à l'emploi. Ces éléments confirment la stabilité de l'activité tout en soulignant l'alourdissement des situations médico-sociales accompagnées et les difficultés persistantes d'accès à des solutions d'hébergement pérennes.

Répartition des 8 762 actes infirmiers

Répartition des 1 051 actes sociaux

Évolution du public accueilli

Cette année encore, l'équipe a été fortement mobilisée pour accompagner les hébergés dans leur singularité. Une évolution du profil des personnes accueillies est observée. D'une part, l'émergence d'un public plus jeune, exposé à des conduites addictives expérimentales ou déjà bien ancrées et présentant un risque accru d'entrée dans des troubles psychotiques, nécessite une vigilance particulière et un accompagnement renforcé, notamment chez les moins de 25 ans. D'autre part, la présence de personnes plus âgées ou présentant des problématiques apparentées à une population plus vieillissante, appelle également à une adaptation des pratiques professionnelles. Ces constats soulignent l'importance d'une prise en charge pluridisciplinaire attentive, nécessitant une alliance thérapeutique entre les hébergés, les médecins et l'équipe.

Jeunes accueillis et souffrance psychique : une tendance qui s'affirme

La souffrance psychique demeure particulièrement marquée chez les personnes accueillies, souvent en situation de grande précarité et aux parcours de vie complexes. Les troubles psychiatriques observés peuvent être antérieurs aux consommations ou induits, voire potentialisés, par celles-ci. L'hébergement constitue un atout majeur, permettant une observation continue et un repérage plus fin de troubles parfois non identifiés lors d'un premier passage à la HSA. Le renforcement du temps de présence du psychiatre, augmenté d'une demi-journée hebdomadaire depuis cette année 2025, facilite des évaluations rapides et la mise en place de traitements adaptés. La délivrance quotidienne des traitements par les infirmiers favorise l'observance et soutient un travail d'explication autour de la pathologie et de l'intérêt thérapeutique.

Nous avons noté cette année, à l'image de la HSA, l'afflux de jeunes de moins de 25 ans. Ce public est particulièrement vulnérable du fait de leur consommation parfois encore expérimentale et festive (prise de Kétamine, Nouveaux Produits de Synthèse) et/ou ayant déjà des pratiques d'injection. De plus, les bouleversements (physiques, émotionnels, sociaux) liés à la transition à l'âge adulte, des étapes comme les choix d'orientation, l'entrée dans la vie active ou l'expérience d'exclusion sociale, de conditions socio-économiques défavorables ou d'événements de vie traumatisants sont autant de facteurs de risques. Les permanences de psychiatre pluri-hebdomadaire à l'hébergement ainsi que la proximité de l'hébergement avec les urgences psychiatriques permettent de proposer un accompagnement de qualité pour limiter le risque de décompensation et de passages à l'acte.

Adaptation du dispositif face au vieillissement

Depuis l'ouverture de l'hébergement en 2021, le public accueilli se caractérise par un vieillissement progressif. Leur état de santé apparaît globalement stabilisé, bien que les personnes demeurent actives dans leurs consommations. L'accompagnement médical, la prévention, l'accès facilité aux soins et les pratiques de réduction des risques lors des consommations contribuent au maintien, voire à la prolongation, de l'espérance de vie des personnes accueillies. Ce dispositif permet également de limiter les complications somatiques et les situations d'urgence, favorisant ainsi une meilleure stabilité globale.

Par ailleurs, nous avons observé la nécessité d'adapter progressivement notre dispositif d'hébergement aux besoins croissants liés au vieillissement et à la complexification des situations de santé. Bien que cela ne figurait pas dans le projet initial, un déploiement de matériel et une médicalisation accrue de certaines chambres ont dû être engagés. Un nouveau type de prise en charge s'est progressivement dessiné, celui de l'accompagnement à la fin de vie, initialement non prévu dans le projet. Deux personnes ont ainsi bénéficié d'un accueil à visée palliative, à leur demande, se sentant entourées, écoutées et considérées au sein du dispositif. Un partenariat avec l'équipe hospitalière, notamment avec l'équipe mobile de soins palliatifs, a également été engagé.

L'orientation des usagers vieillissants demeure complexe. Ils ne remplissent pas toujours les critères d'âge pour intégrer un EHPAD bien que leur état de santé et leur situation médico-sociale justifieraient pleinement une admission. Les coûts d'hébergement sont souvent incompatibles avec leur situation de précarité, et les problématiques d'addiction constituent un frein supplémentaire à l'admission. À ce jour, aucune structure ne semble pleinement adaptée pour répondre à leurs besoins spécifiques. Face à ce constat, Ithaque a engagé une réflexion interne en vue de développer un projet dédié à ce public, actuellement à l'étude.

Regards croisés des professionnels

Alaeddine — Agent de médiation

Je travaille depuis quatre ans à Ithaque sur le site Argos. C'est une association qui comprend à la fois une salle de consommation à moindre risque et un dispositif d'hébergement destiné aux personnes sans domicile fixe et consommatrices de produits psychoactifs. Mon poste principal est celui d'agent de sécurité mais j'exerce également une fonction importante d'agent de médiation. J'effectue mon travail à temps plein avec des horaires en rotation sur 3 différents shifts : du matin (06h30-12h30), de l'après-midi (12h30 – 19h30) et de nuit (19h30 – 06h30). Cette organisation demande une grande capacité d'adaptation physique et mentale, car chaque tranche horaire présente des réalités et des situations différentes.

Mes missions consistent d'abord à assurer la sécurité des lieux, du personnel et des usagers. Je contrôle les accès, je veille au respect du règlement intérieur et j'interviens en cas de conflit ou de comportement dangereux. Mon rôle ne se limite pas à la surveillance. En tant qu'agent de médiation, je suis également dans l'échange, l'écoute et l'observation. Je suis constamment attentif aux comportements, aux émotions et aux tensions qui peuvent apparaître afin d'anticiper les situations à risque avant qu'elles ne dégénèrent. Cela demande une grande vigilance, une capacité d'analyse rapide et une bonne connaissance des profils que nous accueillons. Je suis confronté quotidiennement à un public varié, hommes et femmes en grande précarité, parfois désocialisés, souffrant de troubles psychiques ou d'addictions sévères. Je dois gérer des situations de crise de violence verbale ou physique, de détresse psychologique, mais aussi des moments d'échange humain très forts.

Parmi les points positifs de ce métier à Argos, il y a avant tout le sentiment d'utilité sociale. J'ai également la conviction de contribuer à la réduction des risques et à la protection des personnes vulnérables. Je participe à créer un environnement plus sécurisé, plus humain et plus apaisé. La relation de confiance avec certains usagers est également très enrichissante. Voir des personnes évoluer, se stabiliser ou accepter de l'aide donne du sens à mon engagement et à mon travail. Ce travail développe aussi de nombreuses compétences : gestion du stress, communication, négociation, observation, travail en équipe et compréhension des problématiques sociales et sanitaires. Malgré la fatigue liée aux horaires décalés et aux nuits, à l'exposition régulière de la souffrance humaine et aux tensions, je reste motivé par la dimension humaine et sociale de mon travail. Cette expérience m'a permis de développer une grande maturité, un sens des responsabilités et une forte capacité d'adaptation.

Dominique Weiss — Psychologue

PLACE AU SUJET !

ARGOS, structure Halte Soins Addictions à laquelle s'adosse un dispositif de soins avec hébergement, constitue une spécificité en soi, appelant à du tâtonnement réflexif permanent, des réajustements appuyés sur les retours en temps réel d'expériences du quotidien, et donc des temps de concertation pluriprofessionnelle fréquents auxquels s'ajoute la concertation avec les personnes usagères. De cette spécificité découle naturellement celle plus singulière de chaque intervenant professionnel, dont l'action est à la fois individuelle et référée à une pratique en équipe pluriprofessionnelle. J'ai pensé ma fonction de psychologue clinicienne comme un maillon de l'équipe, dont la diversité des champs de compétences professionnelles et de regards va contribuer à l'élaboration d'un accompagnement individualisé ajusté aux besoins de chaque personne accueillie.

Dans cette logique, mon intervention s'appuie sur les critères de permanence et d'adaptabilité, qui se déclinent respectivement en : constance, prévisibilité, visibilité — non-directivité, flexibilité concernant le cadre de rencontre. Il m'importe de garantir un maximum d'opportunités qui pourraient favoriser la rencontre, ouvrir à un échange et proposer la parole à la personne.

Rencontrer la personne là où elle est, là où elle en est... C'est laisser la parole au sujet, se décaler un instant de l'objet qui légitime sa place actuelle dans cette structure de soins, c'est proposer une écoute à laquelle il n'a pas/plus l'habitude d'être convié, c'est l'inviter à décoller une étiquette stigmatisante qui lui a été assignée et à laquelle il a fini par se résigner, voire qu'il s'est appropriée. Le repli sur soi apparaît comme une caractéristique fréquemment repérée chez les personnes usagères de drogues, vraisemblablement comme une modalité défensive finalement très primaire.

Il s'agit donc en toute première intention de signifier aux personnes accompagnées que leur parole a de l'importance, que chacun d'entre eux a de l'importance, que leurs avis, opinion, regard, idée ont de l'importance. Et bien qu'accueilli au titre de son addiction, l'essentiel se trouve à l'endroit de sa subjectivité. Donner la parole à l'autre ne suffit pas à lui permettre de la prendre, déshabitué qu'il est de dire à partir de son désir, car n'intéressant personne il finit par ne plus pouvoir s'intéresser à lui-même. Au détour de mes permanences, au détour du moment opportun, la rencontre peut s'établir, quelquefois très lentement, prudemment, avec méfiance et parfois défiance. La mise en mots peut parfois se produire, à condition que l'adresse soit bien identifiée et perçue comme sécure. Et mon regard alors peut renvoyer le sujet à lui-même, ma principale préoccupation consistant à le soutenir dans la réappropriation de ses réponses, afin que quels que soient ses choix, il puisse les reconnaître comme siens et en répondre.

Dans les bénéfices observés induits par le processus d'élaboration symbolique, il y a le repérage précis d'une ambivalence en direction de la substance reconnue comme problème et solution. Tantôt l'un tantôt l'autre, problème hier solution aujourd'hui et vice-versa, amie d'hier ennemie d'aujourd'hui... Mais nous voilà dirigés vers un nouveau thème !

Dana Voltz, Emilie Kouam Diegueng, Anaïs Hornecker — Infirmières de jour

Le travail infirmier de jour s'organise autour de trois types d'horaires : le matin, l'après-midi et la journée. Selon les horaires, les missions peuvent varier, mais elles s'articulent toujours autour des soins et de leurs suivis. Nous travaillons en collaboration étroite avec les travailleurs sociaux, médecins, psychologue, psychiatres, coordinateurs, ainsi qu'avec les agents de médiations. Le matin et l'après-midi sont souvent rythmés par les soins infirmiers : délivrance des traitements, réalisation de pansements, surveillance des paramètres vitaux, prélèvements sanguins, soins d'hygiène et de confort. Certains usagers peuvent aussi avoir besoin d'un accompagnement dans les soins d'hygiène et de confort. Nous nous occupons également de la prise des rendez-vous médicaux.

Les horaires de journées sont davantage consacrés à l'accompagnement des usagers : accompagnement à des rendez-vous médicaux, sociaux, administratifs ou encore soutien dans différentes démarches. Une grande partie du travail repose sur les soins relationnels en fonction de leurs besoins. Nous sommes tous référents de plusieurs usagers et nous accordons à chacun un suivi individualisé, ce qui implique des entretiens réguliers, le suivi des objectifs, et la mise en place et l'évaluation des contrats de séjour.

Des activités collectives peuvent également être proposées par les membres de l'équipe (jour et nuit) comme l'élaboration ainsi que la préparation du repas des hébergés organisé le mardi soir avec les aliments reçus de la banque alimentaire. Enfin, des réunions pluridisciplinaires ont lieu le mardi et le jeudi pour échanger sur le fonctionnement du service, sur les situations rencontrées avec les usagers et sur les renouvellements des contrats de séjour afin d'adapter au mieux leurs accompagnements. Le travail infirmier de jour est donc un accompagnement global auprès des usagers accueillis en fonction de leurs objectifs. Nous mettons un point d'honneur à nous adapter à la temporalité des usagers.

Les rendez-vous extérieurs. La précarité et l'isolement du public accueilli font qu'il ne leur est pas toujours évident d'honorer leurs rendez-vous, ni même de les prendre en autonomie. Une de nos missions est donc d'organiser et, si besoin, d'accompagner ces rendez-vous. Tout d'abord, il faut trouver le « bon » praticien, c'est-à-dire qu'il ne soit pas trop loin ou qu'il soit facilement accessible en transport, et que le secteur conventionné corresponde à la situation sociale de la personne. Parfois, il faut également faire attention au « genre » du praticien, car certaines personnes peuvent avoir plus de mal à être examinées par un homme ou par une femme. Nous avons la volonté d'impliquer les personnes dans leur prise en charge et c'est pourquoi nous essayons, autant que possible, qu'elles soient présentes lors de la prise d'un rendez-vous. Il est parfois compliqué d'aller au bout des choses et d'honorer les rendez-vous. Il arrive que, le jour même, les personnes refusent de s'y rendre pour diverses raisons ou bien qu'elles soient absentes. Notre rôle est donc de préparer en amont ces rendez-vous en leur expliquant les choses, en les rassurant comme nous pouvons, tout en restant honnête et transparent, et en les accompagnant tout au long du parcours de soins.

Collaboration avec les collègues de la HSA. Nous travaillons en collaboration avec nos collègues de la salle, en participant conjointement à nos différentes transmissions. Ce moment de transmissions permet d'avoir un retour sur les hébergés lors de leur passage en salle l'après-midi et aussi de transmettre à nos collègues s'il faut avoir une attention particulière sur un hébergé par rapport à son état d'esprit, comportement, ou si nous avons une quelconque inquiétude. Lorsque nous descendons à la HSA cela nous permet de rencontrer les hébergés dans un autre cadre mais aussi d'autres usagers susceptibles d'être un jour accueillis à l'hébergement.

Aurore Cobigo & Mathieu Kruger — Équipe de nuit

Nous travaillons au sein d'une structure d'hébergement destinée à des personnes majeures en situation d'addiction. Cette structure est adossée à une salle de consommation à moindre risque et accueille des hommes et des femmes consommateurs de substances psychoactives, souvent en grande précarité. Certaines personnes sont sans domicile fixe, parfois sans papiers, mais toutes ont en commun une demande de soins, d'accompagnement et un besoin de stabilité dans un parcours souvent marqué par l'errance, les violences et la marginalisation.

En tant que salariés dans cette structure, nos rôles sont multiples. Nous accompagnons les personnes dans leurs soins, nous veillons à leur état de santé et nous les orientons vers les dispositifs médicaux adaptés. Nous participons aussi aux démarches sociales en lien avec l'équipe pluridisciplinaire. Mais dans la réalité du terrain, notre travail dépasse souvent le cadre strict du soin. Nous essayons surtout d'accompagner la personne dans sa globalité, en prenant en compte son histoire, sa situation sociale et ses fragilités.

Le travail de nuit apporte une dimension particulière à cet accompagnement. Le rythme est très différent de celui de la journée : il y a moins de rendez-vous, moins de contraintes institutionnelles et une atmosphère plus calme. Cela permet d'être dans un travail de proximité différent, souvent plus spontané. Les échanges se font autour de moments simples de la vie quotidienne : discuter, jouer à des jeux, cuisiner, regarder un film ou simplement prendre le temps d'écouter. Ces moments favorisent souvent la création d'un lien de confiance avec des personnes qui ont parfois un rapport compliqué aux institutions. La nuit est aussi un moment où certaines fragilités apparaissent davantage. Lorsque l'agitation de la journée retombe, l'anxiété, la solitude ou les inquiétudes peuvent prendre plus de place. Notre rôle est alors d'être présents, d'écouter, de rassurer et d'accompagner les personnes dans ces moments parfois difficiles. Cette présence permanente peut contribuer à créer un sentiment de sécurité.

Le travail d'équipe prend également une place très importante la nuit. Les équipes sont plus réduites et nous devons souvent compter les uns sur les autres faces à des situations parfois complexes. Cela crée une forme de solidarité et de confiance entre collègues, car la communication et l'entraide sont essentielles. C'est d'ailleurs pour cette raison que ce texte a été rédigé à deux : il reflète la réalité de notre travail de binôme et l'importance du collectif dans notre pratique.

Ainsi, le travail infirmier de nuit dans ce type de structure ne se résume pas uniquement aux soins techniques. Il repose beaucoup sur la relation, la présence et la capacité à créer un espace rassurant pour des personnes dont les parcours de vie sont souvent difficiles. Cette dimension humaine fait pleinement partie de notre pratique quotidienne.

Dr Marielle Riutort — Psychiatre

L'hébergement a permis de développer, de renforcer l'accès aux soins psychiatriques des usagers accueillis à Argos. Nous sommes deux psychiatres à intervenir à l'hébergement, à raison de deux à trois demi-journées par semaine. Les psychiatres d'Argos rencontrent systématiquement en entretien les personnes qui souhaitent déposer une demande d'admission à l'hébergement. Cet entretien a pour but de faire connaissance avec la personne, de repérer d'éventuelles fragilités psychiques de fond ou induites par les consommations, et de proposer une prise en charge adaptée en amont ou durant leur séjour. L'hébergement n'étant pas un lieu de soins adapté pour les usagers présentant des troubles psychiatriques aigus, les personnes trop instables psychiquement se voient donc conditionner leur accueil à une prise en charge psychiatrique préalable. Ces soins psychiatriques peuvent être démarrés à Argos (suivi psychiatrique avec introduction d'un traitement médicamenteux), en CMP, ou passer par une hospitalisation.

Une fois admis, les usagers le nécessitant ou le souhaitant seront régulièrement vus en entretien. Le fait que les personnes soient posées plusieurs mois permet de créer du lien avec eux, d'établir une relation de confiance. Il faut parfois beaucoup de temps pour qu'un usager arrive à s'inscrire dans les soins. Depuis l'ouverture de l'hébergement, j'ai pu prendre en charge des usagers souffrant de troubles psychiatriques chroniques invalidants, mais jamais traités. Ils ont pu être stabilisés avec un traitement médicamenteux, bénéficier d'une mesure de protection type curatelle/tutelle, être accompagnés dans leur réinsertion avec les collègues travailleurs sociaux, et avoir des droits ouverts à la MDPH le cas échéant. Une fois sortis de l'hébergement, passer la main à un autre psychiatre peut être difficile, source de rupture de suivi. Travaillant également à l'EMPP (équipe mobile psychiatrie précarité) et en CSAPA, je continue souvent à suivre mes patients dans ces autres structures, ce qui est précieux.