RA 2025
Accueil & Soins

CSAPA Strasbourg

Centre de Soins, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie — Rue Kuhn

1 517
Patients en file active globale (vs 1 271 en 2024)
606
Patients rue Kuhn (vs 657 en 2024)
385
Nouveaux patients
25 143
Actes réalisés (vs 27 744 en 2024)
287
Prescriptions de méthadone
273 h
Interprétariat (287 rencontres)

Produits à l'origine de la prise en charge

Origine des demandes de consultation

Évolution de la précarité résidentielle 2021–2025

Synthèse de l'activité

En 2025, la file active globale a été de 1 517 patients (vs 1 271 en 2024) ; ces chiffres prennent en compte l'ensemble des dispositifs liés au CSAPA (Molsheim, consultations avancées, CJC, détours jeunes, etc.). 606 patients rue Kuhn (657 en 2024) ; CSAPA de Molsheim : 276 personnes (285 en 2024). Il y a eu en tout 385 nouveaux patients, dont 80 à Molsheim.

Si l'on prend en compte les deux CSAPA (Strasbourg et Molsheim), pour 37,8 % des personnes, le premier produit à l'origine de la prise en charge est constitué par l'alcool (38 % en 2024), puis les opiacés 31 % (24 % en 2024), la cocaïne et le crack 8 % (6 % en 2024). 70 % des demandes proviennent du patient ou de ses proches, 10 % de médecins de ville. Selon les déclarations des patients, les opiacés représentent 32 % des produits consommés, l'alcool 25 %, la cocaïne et le crack 17 %. MSO et médicaments psychotropes détournés de leur usage représentent 4 % des produits les plus dommageables, tandis que les addictions sans substances représentent 1 % des addictions qui conduisent les personnes à s'adresser à Ithaque.

Données socioéconomiques — alerte précarité

48 %
En logement précaire ou sans domicile (vs 24 % en 2024 — doublement)
245
Patients de moins de 30 ans (vs 160 en 2024)
11 %
Sans revenus (vs 5 % en 2024)
40 %
Bénéficiaires de prestations sociales

717 personnes vivaient dans un logement précaire ou étaient sans domicile (306 en 2024), soit 48 % de la file active contre 24 % en 2024. C'est un chiffre qui double, comparé à 2024. En 2023 il était également de 48 % ; la proportion était en-dessous du tiers dans les années précédentes (31 % en 2021, 32 % en 2022).

Une patientèle aux vulnérabilités multiples et cumulatives

Le CSAPA d'Ithaque accueille une patientèle présentant des spécificités marquées, caractérisées par un cumul de vulnérabilités sociales, sanitaires, psychiques et administratives.

Une précarisation administrative et un accès aux droits de plus en plus contraint

Le contexte politique et réglementaire actuel a profondément modifié les parcours des personnes étrangères en situation de précarité. Les professionnels constatent une réduction significative des perspectives d'insertion pour les personnes sans titre de séjour, ainsi qu'une complexification majeure de l'accès à l'Aide Médicale d'État (AME) par exemple. Ces évolutions, documentées notamment par la DREES et le Défenseur des droits, ont des effets directs sur la continuité des soins et la santé globale des personnes concernées.

Le CSAPA accueille également des personnes arrivant sur le territoire français dans un objectif de soins, parfois pour des pathologies lourdes telles que des cancers ou des maladies chroniques sévères. Ces personnes sont souvent sans hébergement, sans droits ouverts et sans réseau de soutien, plaçant l'équipe face à des situations d'urgence médico-sociale nécessitant un investissement important en termes de coordination, de médiation et d'accompagnement. Le public accueilli est par ailleurs largement allophone, ce qui constitue un frein supplémentaire à l'accès aux soins, à la compréhension des démarches administratives et à l'adhésion aux parcours de santé.

Un vieillissement précoce et une dégradation de l'état de santé

L'équipe observe un vieillissement croissant de la patientèle, souvent prématuré, en lien avec des parcours de vie marqués par la grande précarité, l'errance et des consommations de substances au long cours. Ce vieillissement s'accompagne fréquemment de pathologies chroniques, de limitations fonctionnelles et de troubles cognitifs, parfois majorés par les effets des consommations prolongées. Ces constats rejoignent les analyses de l'INSEE et de Santé publique France, qui mettent en évidence un vieillissement accéléré des personnes en situation de précarité, avec des besoins de soins et d'accompagnement renforcés.

Une santé mentale fortement dégradée et une exposition accrue aux violences

La santé mentale des personnes accompagnées apparaît globalement très fragilisée. Troubles psychiatriques, états de stress post-traumatique, dépressions sévères et comorbidités addictives sont fréquents et nécessitent des prises en charge coordonnées et soutenues. Cette fragilité psychique contribue à une augmentation des situations de tension ou de crise, demandant aux professionnels une vigilance constante et une capacité d'adaptation importante. Le CSAPA constate également une augmentation du nombre de femmes vivant dans la rue, victimes de violences physiques et sexuelles graves. Enfin, l'équipe observe une très importante consommation de cocaïne, qui impacte directement la santé somatique et psychique des personnes accompagnées et complexifie les prises en charge.

Des modalités d'accompagnement profondément impactées

Face à la raréfaction des rendez-vous avec les spécialistes, à l'allongement des délais de consultation et à la moindre accessibilité des professionnels des institutions, les accompagnements extérieurs sont devenus indispensables. Les démarches administratives et médicales, autrefois plus facilement mobilisables, nécessitent aujourd'hui une présence renforcée des professionnels afin d'éviter les ruptures de droits et de soins. Être aux côtés des personnes lors de consultations médicales, de rendez-vous hospitaliers ou de démarches administratives est désormais souvent nécessaire pour garantir l'effectivité de l'accès aux soins. Ces accompagnements, chronophages mais essentiels, témoignent de l'engagement des équipes à maintenir le lien et à sécuriser les parcours dans un environnement institutionnel de plus en plus contraint.

Une équipe pluridisciplinaire engagée et en constante adaptation

Dans ce contexte exigeant, l'équipe pluridisciplinaire du CSAPA d'Ithaque fait preuve d'une implication quotidienne forte, reposant sur des compétences diversifiées, une solidarité d'équipe et une capacité constante d'adaptation. Afin de répondre au mieux aux besoins identifiés, plusieurs axes ont été développés ou renforcés :

Dans un contexte de contraintes institutionnelles croissantes, le travail mené au CSAPA d'Ithaque repose avant tout sur l'engagement humain, la créativité professionnelle et la capacité de coordination de ses équipes, qui continuent à porter une approche respectueuse, globale et centrée sur les besoins des personnes accompagnées.

Partenariats et coopération territoriale

Le CSAPA s'inscrit pleinement dans la dynamique territoriale de santé et de coordination des acteurs. À ce titre, les équipes participent activement à plusieurs instances locales, notamment le PTSM, les Contrats Locaux de Santé (CLS) et les Conseils Locaux de Santé Mentale (CLSM). Ces espaces de concertation permettent de partager les observations issues du terrain, de croiser les expertises et de contribuer à l'élaboration de réponses coordonnées face aux problématiques sanitaires et sociales rencontrées par les publics accompagnés.

Au-delà de ces instances institutionnelles, les professionnels entretiennent des liens réguliers avec un réseau important d'associations locales. L'équipe développe également des actions directement auprès des partenaires de terrain, notamment en intervenant sur leurs sites dans une logique « d'aller-vers », dans le cadre des CAvA. Afin de renforcer l'accès aux droits des personnes accompagnées, de nouvelles conventions ont par ailleurs été signées avec plusieurs institutions, notamment la CPAM, la CAF et les services des impôts.

L'établissement est également engagé dans différents dispositifs visant à proposer des réponses adaptées aux situations les plus complexes : prescription pour le dispositif « Un Chez-Soi d'Abord », interventions dans le cadre du dispositif SEUIL porté par l'association L'Îlot, participation aux réunions du SIAO afin d'échanger autour des situations les plus complexes et de rechercher collectivement des solutions adaptées en matière d'hébergement ou d'accompagnement social.

Afin de favoriser la connaissance mutuelle entre les acteurs du territoire, l'établissement organise régulièrement des temps d'échange avec ses partenaires. Des visites des locaux en dehors des horaires d'ouverture au public sont ainsi proposées afin de présenter les missions des deux établissements médico-sociaux (CSAPA/CAARUD), leurs modalités d'intervention ainsi que les publics accompagnés. Ces rencontres permettent également de lever certaines représentations et de mieux comprendre le fonctionnement des structures.

Initiatives solidaires et partenariats citoyens : Un partenariat historique existe avec la Maison Rurale de Kutzenhausen et son équipe de « tricoteuses solidaires ». Chaque année, ces bénévoles confectionnent et offrent aux patients, résidents et usagers des différents sites des bonnets, écharpes, gants et mitaines. Par ailleurs, des donateurs offrent régulièrement des vêtements très utiles pour des dépannages. Une boulangerie offre également ses invendus ce qui permet de proposer des collations complétées par les commandes à la banque alimentaire. Nous faisons appel très régulièrement à la Banque de l'objet. En 2025, 18 stagiaires ont été accueillis au sein du CSAPA, issus de différents établissements et formations : HEAR, comptabilité ECP, SAMU, faculté de médecine, psychologie, Élan Secrétariat, INSP, IFSI, DU d'addictologie, EPSAN ou encore ESEIS.

Accompagnement des personnes allophones

L'accompagnement des personnes issues de la migration constitue une dimension importante de l'activité de la structure. Dans ce cadre, le dispositif Migration Santé permet de mobiliser des services d'interprétariat afin de faciliter la communication entre les professionnels et les personnes allophones. Entre janvier et novembre 2025, sur le site situé au 12 rue Kuhn : 260 heures en langue géorgienne, 4 heures en langue roumaine, 2 heures en langue russe, 7 heures en langue albanaise. Au total, 273 heures d'interprétariat ont été réalisées, permettant l'organisation de 287 rencontres entre des personnes allophones et les professionnels de l'équipe.

Action Mois sans tabac — Les « Randos Mégots »

6 705
Mégots ramassés lors de 3 randonnées
3,35 M
Litres d'eau préservés de la pollution

Dans le cadre du Mois sans tabac, une action éco-citoyenne originale et mobilisatrice a été mise en place avec quelques patients du CSAPA de Strasbourg et de Molsheim : les « Randos Mégots ». Trois randonnées d'une heure chacune ont été organisées, alliant activité physique et sensibilisation environnementale. Aux côtés des patients engagés dans leur parcours de soin, ces temps ont permis de sortir du cadre habituel des consultations pour investir l'espace extérieur dans une démarche à la fois symbolique et concrète. Donnant lieu à des échanges sur leur consommation actuelle de tabac ou leur consommation passée.

Au total, 6 705 mégots ont été ramassés. Sachant qu'un seul mégot peut polluer jusqu'à 500 litres d'eau, cette action représente environ 3 352 500 litres d'eau préservés de la pollution. Un chiffre marquant, qui donne toute sa portée à cette initiative.

Au-delà de l'impact environnemental, ces randonnées ont eu une véritable dimension thérapeutique. Elles ont permis de valoriser l'engagement des patients dans une action collective positive, de soutenir la motivation dans le cadre du Mois sans tabac, et d'inscrire la démarche de soin dans une dynamique active et concrète. Ramasser des mégots, symbole de la consommation tabagique, prend ici une dimension particulière : transformer un geste lié à l'addiction en un acte de protection de l'environnement. Cette action donne du sens au changement engagé par les patients, en reliant santé individuelle et responsabilité environnementale.

Ces « Randos Mégots » illustrent ainsi une approche globale du soin : prendre soin de soi, des autres et de son environnement. Une expérience riche, fédératrice et porteuse de valeurs positives, qui souligne l'implication des patients du CSAPA de Strasbourg et de Molsheim dans leur parcours et dans une démarche citoyenne engagée. Cette expérience pourra être à nouveau proposée en espérant que la météo soit plus clémente et engageante. Le mois de novembre n'étant pas le mois le plus enthousiasmant pour des sorties en extérieur.

Virginie ENGEL

La parole des personnes accompagnées

Francine et Nadia — Les chiffres sont présents dans le rapport d'activité mais ne donnent pas la teneur du travail que nous accomplissons chaque jour. Nous vous proposons de découvrir ici des mots que nous ont adressés les personnes que nous accompagnons. Cela donne un aperçu de la complexité des situations et de l'humanité nécessaire pour réaliser ces accompagnements, mais un aperçu seulement.

« Vous me donnez de la force, ça m'a beaucoup ému ce que vous m'avez dit, que je devais prendre soin de moi. »

Fatima

« C'est bien que tu m'aies accompagné à ce rendez-vous, je suis content, je ne suis pas sûr que j'y serais allé tout seul, j'aime pas trop l'hôpital. Mais aujourd'hui ça s'est bien passé et j'ai hâte d'être opéré. »

Ahmed

« Moi je m'en sors pas avec tous ces papiers, et internet, tout ça, je sais pas comment vous faites. Ni comment je ferais sans vous. Moi je laisse traîner et puis ça s'accumule et je sais plus par où commencer. Vous vous souvenez des dettes il y a deux ans ? »

André

« Et pourquoi on me demande de faire ça pour l'AME ? Je suis en France depuis plusieurs années et je demande l'AME à chaque fois, pourquoi il faut faire ce papier en plus ? Jamais on ne m'a demandé ça ! »

Jacek

« Quand je viens ici, je suis bien. Je suis libre de parler, vous prenez le temps et je sais que vous faites tout ce que vous pouvez, même si je ne peux pas avoir de papiers. »

Manuel

« Et comment je fais pour partir de chez moi ? Parce que maintenant je sais que je veux partir, j'en peux plus des insultes, je supporte plus. Mais je ne sais pas comment faire ? Vous pouvez m'aider ? »

Céline

« Pour le titre de séjour, on peut regarder ensemble les papiers. Vous me dites ce que je dois ramener ? Je me suis connecté sur le site pour les étrangers, mais franchement je ne comprends pas tout. C'était plus simple les rendez-vous. »

Ibrahim

« Je suis sorti de la postcure et je suis retourné dans la rue voilà. J'ai repris l'alcool, beaucoup. J'osais pas revenir parce que j'aurai dû accepter la proposition et maintenant je regrette. »

Pierre

« Depuis 7 ans je suis en France, je ne peux pas retourner dans mon pays, c'est trop dangereux. Je suis là mais je ne suis pas là et maintenant je fais quoi ? »

Aleksandre

« Quand j'appelle pour un rendez-vous, toujours vous répondez et ça, ça m'aide beaucoup. Personne ne fait ça pour moi. »

Katherina

« À quoi ça sert de reprendre rendez-vous ? Vous me dites on a tout fait et maintenant il faut attendre, mais je suis dehors, moi ! Ça fait plus de 6 mois ! »

George

« Vous êtes ma famille ! »

Khalid

« Sans vous, je ne serai rien. »

Lou

« Je ne sais pas comment vous faites avec toutes ces démarches, moi je ne m'en sors pas. »

Patrick

« Après dix années, je quitte Ithaque. C'est bizarre mais je suis guéri. Merci. »

Lucas

« Vous m'avez vu sous toutes mes couleurs !!! »

Maelle

« Je souhaite réitérer une cure. La dernière fois a été une bonne expérience. Je vous fais confiance pour m'aider dans cette démarche. »

Louis

« 25 ans que je suis suivie à Ithaque. Vous vous rendez compte ? »

Aline

« Je ne veux pas de conflits à Ithaque car c'est notre lieu et il faut en prendre soin. »

Malik

« J'osais pas revenir, j'avais honte, j'avais peur de vous avoir déçue. »

Lucie

« Depuis que je suis en France, jamais un travailleur social n'a fait autant pour moi. »

Carlos

« Au moins ici on se sent digne et respecté. »

John

« Je suis ici depuis 7 ans et on ne m'a pas donné de papier, je suis épuisé par cette situation. »

Karim