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Consultations Avancées en Addictologie

CAvA — interventions en établissements sociaux et médico-sociaux partenaires · L'Îlot

Les CAvA — qu'est-ce que c'est ?

Les consultations avancées en addictologie sont nées du constat suivant : dans de nombreux établissements sociaux et médico-sociaux, la réponse aux consommations de substances se résumait souvent à l'interdiction. Or, cette interdiction produit le plus souvent l'effet inverse de celui recherché. On peut prendre l'exemple d'un CHRS qui interdirait la consommation d'alcool tout en imposant une heure de retour en chambre le soir. Pour une personne dépendante à l'alcool, respecter le règlement intérieur le met face à une seule solution : boire massivement avant de rentrer. Ce type de situation expose la personne à des risques importants, pour elle-même comme pour son environnement.

La période de confinement liée à la pandémie de Covid-19 a mis ces problématiques en lumière de façon particulièrement aiguë. Les établissements se sont retrouvés confrontés à des situations addictives difficiles à gérer, et la nécessité de repenser la manière de les prendre en compte est devenue évidente. En 2022, la Haute Autorité de Santé a publié des recommandations destinées aux établissements sociaux et médico-sociaux afin d'améliorer la prise en compte des addictions chez les personnes accompagnées. C'est dans ce contexte qu'Ithaque a développé les Consultations Avancées en Addictologie.

Les CAvA reposent avant tout sur un partenariat fort avec les établissements et les associations qui nous accueillent. À Ithaque, il nous a semblé essentiel de proposer des interventions régulières, inscrites dans la durée, et réalisées en présence des professionnels qui accompagnent les habitants au quotidien. L'idée n'est pas d'intervenir comme des prestataires extérieurs, mais bien comme des partenaires : chacun avec ses rôles, ses compétences et ses responsabilités.

Concrètement, les consultations prennent la forme de séances de 1h30 toutes les deux semaines, sur un créneau fixe qui devient progressivement repéré par les habitants. Ceux-ci peuvent venir librement et participer à tout ou une partie des séances sans contrainte.

La présence d'un professionnel de la structure est indispensable. Elle permet un travail de montée en compétences : les professionnels deviennent par exemple plus à l'aise pour identifier une surdose d'opiacés et savoir comment réagir, ou pour différencier les effets des différents produits. Mais au-delà des connaissances, on observe surtout une évolution de la posture professionnelle. Les intervenants sont moins dans la prescription de comportements et davantage dans l'écoute. Ils s'approprient progressivement certaines notions centrales de l'addictologie, comme l'ambivalence ou la perte de contrôle.

Les séances sont généralement structurées en deux temps : une heure collective autour d'un thème, le plus souvent abordé à l'aide d'un outil pédagogique pensé pour le lieu, puis trente minutes consacrées à d'éventuels entretiens individuels. Lorsque personne ne souhaite d'entretien, le temps collectif se prolonge sur l'ensemble de la séance. Les demandes d'entretiens sont souvent formulées de manière très simple, en début de séance, par un « on peut se voir après ? ». Ces temps permettent d'aborder des questions trop personnelles pour être évoquées en groupe. Ils servent également, très régulièrement, à formuler une demande d'orientation vers le soin. Les soins ne sont pas initiés sur place : en revanche, l'accès au CSAPA est facilité grâce à des créneaux d'admission dédiés.

Avant même de commencer les consultations, un travail important est mené avec les structures. Nous rencontrons d'abord la direction pour identifier leurs besoins et les difficultés rencontrées. Nous prenons également un temps avec l'équipe professionnelle, si possible au complet, afin de présenter notre travail et d'écouter leurs remarques. Ces échanges, ainsi que les évaluations régulières, nous permettent d'adapter notre intervention au fonctionnement du lieu. Certains établissements, par exemple, nous indiquent que les matinées sont peu propices car les habitants dorment encore. Dans un LHSS où nous intervenons depuis un an, plusieurs créneaux ont été testés sans réussir à mobiliser les usagers. Après avoir cherché à comprendre les raisons de cette difficulté, nous avons finalement décidé avec l'équipe d'intervenir pendant les temps de repas. Dans ce cas, l'approche change : la convivialité du repas devient le principal support de rencontre, davantage que les outils pédagogiques habituels. L'idée est de ne pas renoncer, mais de comprendre ce qui empêche la participation et d'ajuster notre manière d'intervenir.

Nous prenons également le temps d'échanger avec les CVS (Conseil de la vie sociale) au début du projet, puis régulièrement avec les habitants participants. L'objectif est d'adapter les séances : savoir si les rencontres sont agréables, si les sujets abordés intéressent les participants, ou s'il y a d'autres thèmes qu'ils souhaiteraient voir abordés ou approfondis. Les consultations avancées fonctionnent donc grâce à quelques principes fondamentaux : l'adaptation, la régularité, la collaboration et la communication à tous les niveaux de l'institution.

La préparation des séances représente aussi un travail conséquent. Avant de construire une intervention, nous mettons à jour nos connaissances grâce à un travail de recherche documentaire et à des échanges avec les autres professionnels d'Ithaque. Une fois les contenus validés, nous travaillons leur vulgarisation et la forme que prendra la séance et enfin nous créons des supports pédagogiques. Nous essayons autant que possible de développer des outils de pédagogie expérientielle. Par exemple, nous avons conçu un jeu de plateau que nous avons appelé « escape game cocaïne ». À travers une histoire et une série d'indices à découvrir, les participants explorent différentes questions : la fabrication de la cocaïne, ses modes de consommation, les stratégies de réduction des risques, les effets recherchés et les effets sur la santé physique et mentale, ainsi que les possibilités de prise en charge en cas d'addiction.

Les séances ne portent pas uniquement sur les produits. Elles abordent aussi de nombreux thèmes liés aux addictions : le sommeil, la santé mentale, l'alimentation, les relations sociales, etc. La question des compétences psychosociales traverse également la plupart des rencontres, notamment la régulation des émotions et la relation aux autres.

Les interventions s'inscrivent dans la durée, souvent sur plus d'une année. Avec le temps, notre présence devient bien identifiée et attendue par les habitants/résidents. C'est aussi ce qui favorise leur participation. Nous demandons aux professionnels de relayer notre venue, de prévenir les habitants, mais sans jamais les contraindre. Certains lieux organisent les séances autour d'un petit déjeuner, d'autres autour d'un café. L'important est de créer un espace convivial, et surtout libre. Nous prenons également toujours un temps pour échanger avec les professionnels, écouter leurs retours et répondre à leurs questions.

Lorsque nous comprenons que le cycle d'intervention arrive à son terme, un bilan est réalisé avec la structure. Les consultations s'arrêtent alors, mais le partenariat, lui, se poursuit. Il est fréquent que nous revenions après un temps de pause pour un nouveau cycle d'intervention. Par exemple, nous allons prochainement reprendre les consultations avancées dans trois pensions de famille où nous étions intervenus pendant près de deux ans, après une pause d'un peu plus d'un an.

Pour résumer, les consultations avancées en addictologie constituent des espaces de connaissance et de dialogue qui permettent de transformer des interdits en relation de confiance, et contribuent progressivement à faire évoluer l'environnement des personnes concernées vers un cadre plus soutenant et plus soignant.

L'équipe des consultations avancées

Partenariat avec l'association L'Îlot

Ithaque met à disposition de l'association l'Îlot des compétences spécialisées d'infirmières et de psychologue à raison d'une vingtaine d'heures hebdomadaires au total. Ce partenariat existe depuis 2022. L'année 2025 a été marquée par la poursuite des travaux au sein de la maison de Lubeck, ainsi que par une augmentation notable du nombre de personnes accompagnées : l'ouverture du rez-de-chaussée de Lubeck a permis l'intégration de six nouvelles personnes dans la maison et une quinzaine de nouveaux accompagnements en diffus ont été mis en place.

31
Interventions de la psychologue à L'Îlot
89 h
Total (moitié réunion d'équipe / moitié terrain)
21
Personnes rencontrées (3 en suivi régulier)

Missions des infirmières

Dans ce contexte d'extension de l'activité, Carla et Mathilde, infirmières, ont progressivement rencontré les nouvelles personnes accompagnées afin de réaliser une évaluation de leur état de santé. Ces rencontres ont permis d'élaborer, en concertation avec l'équipe pluridisciplinaire et les personnes concernées, des objectifs de soins individualisés. Les infirmières ont également pu observer une évolution du profil des personnes accompagnées, caractérisé par un vieillissement plus marqué et par la présence plus fréquente de situations polypathologiques. Cette évolution implique le développement d'une coordination accrue entre les différents professionnels et la mise en œuvre de prises en charge pluridisciplinaires adaptées aux besoins des personnes.

Au cours de la période écoulée, les missions des infirmières ont connu une diversification et un renforcement significatifs : augmentation de la fréquence des visites à domicile (VAD), accompagnement des usagers lors des audiences judiciaires, accompagnement aux consultations spécialisées (pneumologie, cardiologie, psychiatrie, maisons de santé, médecine générale, soins dentaires, ainsi que pour la réalisation d'examens médicaux — radiographies, scanners, IRM, prises de sang), interventions en milieu carcéral, réalisation de soins d'hygiène, mise en place de premiers bilans de santé, coordination et mise en place d'aidants pour les soins du quotidien, renforcement des actions de réduction des risques (RdR), notamment en lien avec le tabac, montée en compétence de l'équipe de l'Îlot par les échanges et la participation à l'élaboration des temps cliniques concernant les situations des personnes accueillies.

À la suite des travaux réalisés au sein de la maison Lubeck, les infirmières et la psychologue disposent désormais d'un bureau dédié aux entretiens. Un budget spécifique a été alloué afin de rendre cet espace à la fois confortable et apaisant. Ce nouvel environnement permet de proposer des entretiens et des accompagnements en réduction des risques plus approfondis. Il favorise également des échanges plus confidentiels et de meilleure qualité autour des problématiques de santé des résidents.

Carla, Mathilde et Ambre

La psychologue à l'Îlot

La demande de la présence d'une psychologue émane à l'origine de résidents de l'Îlot lors d'une Assemblée Générale. Cette demande a été soutenue par l'équipe, le Directeur et validée par le conseil d'administration. La mise à disposition d'un temps psychologue à l'Îlot par Ithaque vise une bonne prise en compte de la dimension psychique des individus accompagnés. Cela passe par deux objectifs : une meilleure compréhension des situations individuelles et le repérage et l'orientation vers les soins de santé mentale.

Pour cela, la psychologue est présente sur deux temps différents : une réunion d'équipe deux fois par mois où sont passées en revue les situations de chaque bénéficiaire du SEUIL et une présence de terrain, elle aussi deux fois par mois. Les modalités de présence de terrain s'adaptent aux modalités d'accompagnement que met en œuvre l'équipe de l'Îlot : Visites à Domicile, rue, échanges cliniques, entretiens individuels, entretiens en binôme travailleur social-psy, participation aux activités collectives. Grâce à ces différents prétextes à la rencontre, la psychologue affine sa compréhension de la situation psychique de la personne et peut ensuite proposer des modalités d'accompagnement ou des modes d'orientation vers des soins psychiques. Les discussions cliniques avec l'équipe et des entretiens d'évaluation facilitent l'orientation vers les dispositifs de santé mentale adaptés.

Dans les cas où aucune orientation ne semble envisageable, soit en raison de freins psychiques soit en raison de freins matériels, la psychologue peut entamer soit un suivi régulier, soit des entretiens de soutien ponctuels. Ce suivi s'adapte à chaque situation tant en termes de rythme que de durée. Le temps de présence de la psychologue étant limité, cette modalité d'accompagnement ne peut être proposée simultanément qu'à une ou deux personnes accompagnées par l'Îlot. Concernant les temps en réunion d'équipe, les situations sont étudiées par l'équipe en pluri-professionnalité. Ces temps de réflexion longs permettent d'envisager de nouvelles pistes d'accompagnement global, de mieux comprendre les freins, notamment internes, que rencontre la personne et d'ouvrir pour les travailleurs sociaux de nouveaux champs de compréhension. De plus, une fois par trimestre, la psychologue participe à une réunion thématique ayant pour objectif de maintenir et de faire progresser le niveau de connaissance et de compétence de toute l'équipe intervenant à l'Îlot. Ces thèmes sont définis collectivement en fonction des problématiques rencontrées.

En 2025, la psychologue est intervenue à l'association l'Îlot 31 fois, pour un total de 89 heures, dont la moitié en réunion d'équipe et la moitié en présence de terrain. Elle a rencontré 21 personnes accompagnées et démarré un suivi régulier pour 3 d'entre elles. Chaque situation de chaque personne suivie par l'association l'Îlot a été discutée. En 2026, le temps de présence sur le terrain sera doublé pour permettre une présence sur une journée complète plutôt que sur une demi-journée afin de faciliter l'adaptation de la psychologue au rythme de l'équipe.