CAARUD Rue Kuhn
Centre d'Accueil et d'Accompagnement à la Réduction des risques et des Dommages
Synthèse de l'activité
Les missions qu'Ithaque met en œuvre au sein de son CAARUD ont été effectuées sur différents sites et dans différents contextes : au lieu d'accueil situé au 12 rue Kuhn à Strasbourg, dans l'antenne mobile du Programme d'Échange de Seringues, lors des événements festifs et des soirées électro, dans le cadre de différents ateliers et forums, dans le cadre du travail de rue, dans l'antenne mobile du CAARUD en Alsace.
Lieu d'accueil, rue Kuhn
Personnes différentes accueillies : 1 341 (vs 1 356 en 2024), dont 380 nouveaux arrivants. 20 % de ces personnes étaient des femmes (idem en 2024). Nombre de passages : 26 666 (vs 26 809 en 2024). 52 994 actes ont été effectués par l'équipe intervenant au lieu d'accueil (59 544 en 2024).
Évolution de l'activité globale — Passages et personnes accueillies
* Données antérieures à 2024 à compléter
Mode de consommation
Produits consommés
Matériel de réduction des risques délivré en 2025
| Matériel | 2025 | 2024 |
|---|---|---|
| Seringues (y compris kits et aiguilles) | 389 006 | 369 737 |
| Filtres stériles Stérifilt® | 344 000 | 376 000 |
| Stéricup® | 116 304 | 103 000 |
| « Roule ta paille » | 26 540 | 21 200 |
| Doseurs (crack) | 34 420 | 29 804 |
| Embouts (crack) | 78 976 | 36 000 |
| Coussinets inox (crack) | 244 000 | 159 400 |
Le nombre de seringues distribuées est supérieur à 2024, malgré une baisse de délivrance des kits et un recours plus important à l'inhalation par rapport à l'année précédente : 389 006 (vs 369 737 en 2024).
Milieux festifs
En 2025, le dispositif festif repose sur une équipe composée de deux professionnel·les représentant 1,5 équivalent temps plein (ETP), ainsi que d'environ trente bénévoles. Cette organisation est stable depuis septembre 2022. Grâce à cette configuration, l'équipe a pu intervenir sur 38 événements au cours de l'année, rencontrant plus de 16 300 personnes et diffusant de nombreuses informations liées à la réduction des risques.
La demande des organisateur·rices reste toutefois supérieure à nos capacités d'intervention : en 2025, le pôle festif a été sollicité à 89 reprises. Parmi ces demandes, 38 ont pu être honorées, soit 42,7 % de réponses positives. Ce décalage entre les besoins exprimés et les moyens disponibles souligne l'importance de renforcer les ressources humaines et financières consacrées à la prévention en milieu festif. À travers ce rapport, nous souhaitons également rappeler aux décideurs publics l'importance de soutenir ces dispositifs, qui répondent à des enjeux à la fois sanitaires et sociaux.
Actions « hors les murs »
L'équipe de travail de rue a fait 963 rencontres avec des usagers pour 2 330 actes. L'antenne mobile en milieu rural du CAARUD d'Ithaque a effectué 196 sorties en 2025 (vs 198 en 2024), et a rencontré 161 personnes (vs 113 en 2024).
Produits consommés & modes de consommation
Comme l'année précédente, la cocaïne ou free base est le produit le plus consommé par les personnes rencontrées au CAARUD d'Ithaque. Viennent ensuite l'alcool, puis l'héroïne.
Produits consommés
Mode de consommation
Distributeur-échangeur de seringues
Nombre de kits délivrés par l'échangeur en 2025 : 778. L'association Ithaque propose un dispositif d'échangeur-distributeur de seringues. Deux emplacements sont actuellement prévus. L'un est situé au centre-ville de Strasbourg, au 1 rue de Sarrelouis, et est en fonction depuis plus de quinze ans.
Le second, installé au 1 rue de l'Oberelsau, fonctionne depuis 2022 dans un quartier prioritaire de la ville. Malgré un travail important d'analyse de la situation, d'information et de concertation avec les différents acteurs du quartier ainsi qu'avec les services de la ville, il s'est avéré que l'emplacement choisi pour son implantation n'était pas adéquat. En effet, le distributeur a fait l'objet de nombreux actes de vandalisme et de dégradations répétées, ce qui a conduit l'association et ses partenaires à s'interroger sur l'efficience de ce dispositif dans ces conditions.
Face à cette situation, plusieurs échanges ont été menés avec les partenaires institutionnels et les acteurs locaux afin d'évaluer les différentes options possibles. Ces réflexions ont porté notamment sur l'opportunité de déplacer l'équipement vers un emplacement plus adapté, permettant de garantir à la fois son accessibilité pour les usagers et une meilleure acceptabilité dans l'espace public. Parallèlement, l'association poursuit son travail de médiation et de sensibilisation auprès des habitants et des partenaires du territoire afin de rappeler les objectifs de ce dispositif de réduction des risques. Les échangeurs-distributeurs de seringues constituent en effet un outil important de santé publique, permettant de limiter les risques de transmission d'infections (VIH, hépatites) et de favoriser l'accès des usagers aux dispositifs d'accompagnement et de soins. La poursuite de ce travail partenarial reste essentielle afin de maintenir une offre de réduction des risques accessible et adaptée aux besoins du territoire.
Nouveau matériel testé en 2025 — Les filtres à charbon actif
L'idée de délivrer des filtres à charbon actif est venue du constat que nous ne prenions pas assez en considération les usages de cannabis alors que la grande majorité des personnes que nous accueillons sont concernées. Il y avait peu d'échange sur ce sujet et nous ne disposions pas de matériel à délivrer. Nous avons donc cherché en équipe une étude scientifique afin de démontrer l'efficacité de ces filtres à charbon actif en termes de réduction des risques et des dommages liés à la combustion.
Une étude de 2018, publiée dans la revue Chemical Research in Toxicology a examiné les effets des filtres à charbon sur les taux de radicaux libres présents dans la fumée de cigarette. Les chercheurs ont découvert qu'ils laissent passer 40 % moins de ces molécules instables (radicaux libres gazeux) comparées aux filtres à cigarette ne contenant pas de charbon. Une autre étude, celle-ci publiée dans la revue Journal of Biosciences a obtenu des résultats similaires.
Les filtres à charbon actif fonctionnent par le principe de l'absorption, référence à des molécules individuelles qui se collent à la surface d'un objet. Les molécules présentes dans la fumée les traversent puis sont piégées dans les nombreux petits pores et s'accrochent aux surfaces du charbon.
Un filtre à charbon actif s'utilise de la même manière qu'un carton, il suffit de le mettre au bout de la feuille à rouler, d'y ajouter le cannabis et de rouler le tout. Non seulement ils retiennent une partie des substances nocives, mais chaque filtre comprend deux embouts céramiques qui contribuent à une fumée fraîche et aromatique. Nous conseillons d'utiliser chaque filtre une seule fois, même si les fabricants stipulent qu'ils peuvent être réutilisés 2 à 3 fois, car ils perdent en efficacité dès la première utilisation. Tant qu'ils sont conservés dans un endroit qui n'est pas humide, ils peuvent être conservés durant plusieurs années (ils n'ont pas de date de péremption).
Une année au CAARUD
En 2025, le CAARUD a poursuivi sa mission principale : accompagner les personnes en situation de consommation tout en réduisant les risques associés. Cette année a été marquée par des actions centrées sur la réduction des risques, avec une adaptation continue des pratiques professionnelles pour répondre aux besoins spécifiques des usagers. Parmi ces initiatives, la distribution de matériel sécurisé pour la consommation de crack, la sensibilisation et la fourniture d'outils de réduction des risques auprès des consommateurs de cannabis, ainsi que des actions de prévention et de conseil sur les consommations d'alcool, ont permis d'améliorer la sécurité et le bien-être des personnes accompagnées.
Parallèlement, l'équipe a développé un accueil spécifique des femmes, reconnaissant les besoins particuliers de ce public dans un contexte souvent mixte. Cette initiative vise à créer un espace sécurisé et adapté, favorisant l'expression, le lien social et l'accès aux soins et aux droits. Les actions menées témoignent de l'engagement du CAARUD à adapter ses interventions aux réalités vécues par les usagers et à renforcer un accompagnement inclusif et respectueux de chacun.
Réduction des risques et adaptation des pratiques professionnelles
Renforcement des connaissances sur la filtration avant injection
Dans le cadre de l'amélioration des pratiques de réduction des risques liées à l'injection, l'équipe a bénéficié d'une intervention proposée par un de nos fournisseurs de matériel. Cette intervention devait permettre aux professionnels de manipuler le matériel de filtration, de renforcer leurs connaissances sur l'intérêt de ces dispositifs et d'améliorer la qualité du discours de réduction des risques auprès des usagers. Ce temps devait également favoriser les échanges autour des freins et résistances observés chez les usagers ainsi que rappeler les recommandations relatives à l'hygiène (lavage des mains, utilisation de lingettes).
Adaptation du matériel distribué dans le cadre du PES
Un retour d'expérience a été réalisé concernant les embouts distribués dans le cadre du Programme d'Échange de Seringues (PES). L'équipe a constaté une faible appropriation des embouts en carton par les usagers, ces derniers évoquant une sensation d'inconfort liée au ramollissement du matériau ainsi qu'une impression de perte de produit. Il a été rappelé que la filtration permet d'éviter l'inhalation de particules susceptibles d'encrasser les voies respiratoires et de favoriser l'apparition de pathologies pulmonaires, notamment des pneumopathies. Par ailleurs, les usagers continuent de privilégier les embouts en silicone, pourtant amenés à disparaître du marché en raison du risque de détachement de particules plastiques lors de l'utilisation.
Afin d'accompagner cette évolution, l'équipe a décidé :
- de renforcer l'information délivrée aux usagers ;
- de maintenir la distribution systématique d'embouts en carton dans les kits ;
- de recueillir les retours d'expérience des usagers.
Un atelier consacré aux pratiques de consommation inhalée a été proposé aux usagers afin d'aborder ces questions et de renforcer la prévention des risques pulmonaires.
Réflexion sur le matériel de consommation de crack
L'équipe a également étudié les difficultés d'approvisionnement concernant les pipes à crack habituellement distribuées. Un modèle alternatif proposé par un autre fournisseur a été testé mais s'est révélé moins adapté à l'usage en raison de sa fragilité et de sa longueur. Une nouvelle alternative présentant un coude biseauté a été proposée afin d'améliorer la solidité et l'ergonomie du dispositif. L'équipe a décidé de procéder à une commande expérimentale afin de recueillir les retours d'usage.
Par ailleurs, un temps d'échange interne a permis de rappeler les limites des pipes coudées, notamment leur coût plus élevé et les difficultés d'entretien. Les pipes droites ont été présentées comme une alternative plus économique et plus simple à nettoyer. Dans ce cadre, l'accès à certains accessoires d'entretien (croppers, brosses) a également été renforcé.
Réduction des risques auprès des consommateurs de cannabis
L'équipe a engagé une réflexion sur la prise en compte des consommateurs de cannabis dans les dispositifs de réduction des risques. Il a été rappelé que ces publics restent souvent moins concernés par les actions de RdRD, malgré leur présence importante au sein du lieu d'accueil. La proposition de mettre à disposition des vaporisateurs mécaniques afin de limiter les risques liés à la combustion n'a pas été retenue en raison du coût du matériel. Cependant, une expérimentation est en cours avec des vaporisateurs électroniques. L'équipe a également encouragé le développement d'actions d'information et de sensibilisation. Ces interventions pourraient porter sur :
- les effets des substances ;
- les modes de consommation ;
- les risques liés aux produits vendus comme CBD, dont la composition réelle peut être incertaine.
Des retours d'usagers ont notamment signalé des effets indésirables après consommation de produits inhalés achetés dans des commerces spécialisés.
Réduction des risques alcool
Au cours de l'année, l'équipe du CAARUD/CSAPA a poursuivi sa réflexion sur la place de l'alcool dans les pratiques de réduction des risques, à partir de situations de terrain de plus en plus visibles, telles que des consommations rapides avant l'entrée, des regroupements prolongés devant la structure ou des difficultés de gestion du manque. Ces constats soulignent que, bien que légal, l'alcool génère des problématiques importantes, encore insuffisamment travaillées par rapport aux autres substances. En réponse, des ajustements pragmatiques ont été mis en œuvre, comme la proposition de déposer les canettes au réfrigérateur afin d'éviter les consommations immédiates, l'encouragement à des temps de pause, la mise à disposition d'eau ou encore des adaptations au cas par cas, notamment dans le cadre de TAPAJ.
Bien que non formalisées, ces pratiques contribuent à réduire certains risques et à soutenir le dialogue avec les usagers. Elles font toutefois l'objet de débats au sein de l'équipe, entre levier de réduction des risques et crainte de banalisation des usages ou de mise en difficulté des personnes en démarche d'arrêt, posant la question d'un cadre d'intervention partagé. Les professionnels identifient par ailleurs un besoin de repères, d'outils spécifiques et de formation sur la RdRD alcool, dans un contexte où la cohabitation CAARUD/CSAPA implique des approches parfois différenciées. La poursuite du travail vise ainsi à formaliser les pratiques, renforcer les compétences, s'appuyer sur des expériences extérieures et associer davantage les usagers, avec pour objectif d'intégrer pleinement l'alcool dans une approche de réduction des risques cohérente et adaptée aux réalités de terrain.
Injection de méthadone
Plusieurs situations d'injection de méthadone (sirop) ont été identifiées chez des usagers du CAARUD. Cette pratique fait l'objet d'un accompagnement en réduction des risques, l'objectif étant de limiter les dommages chez des personnes qui maintiennent cet usage. L'équipe a mis en place un cadre de délivrance du matériel, notamment pour les aiguilles bleues [(23Gx1 – Nr16) 0,5mm x25mm], reposant sur :
- un échange préalable en RdRD ;
- au moins un passage préalable auprès d'un infirmier ;
- une évaluation au cas par cas avec possibilité de dérogation.
Cependant, ce cadre est fragilisé par l'absence de continuité de présence infirmière, rendant son application incomplète. Les tentatives d'adaptation du matériel (seringues de plus gros volume, aiguilles plus fines pour favoriser la dilution) se sont parfois révélées inefficaces, conduisant certains usagers à recourir à du matériel plus à risque (achat d'aiguilles de gros calibre à l'étranger ou détournement de dispositifs). L'équipe a ainsi réajusté ses pratiques pour éviter des usages encore plus délétères.
Un accompagnement individuel est maintenu : évaluation des consommations, suivi des points d'injection, rappel du cadre et orientation vers les soins. Des freins linguistiques compliquent toutefois le travail avec certains usagers. Cette situation met en évidence la nécessité de renforcer la coordination entre CAARUD et CSAPA, de développer des temps dédiés RdR (équipe et usagers), d'améliorer l'accessibilité des soins (présence infirmière plus fréquente), et de poursuivre une approche centrée sur les pratiques réelles des usagers, afin de concilier cadre sanitaire et efficacité de la réduction des risques.
Accueil spécifique des femmes au CAARUD
En 2025, l'équipe a engagé la mise en place d'une permanence dédiée aux femmes, en réponse à des besoins spécifiques mal pris en charge dans les espaces mixtes. Les retours des usagères, recueillis via un questionnaire, ont montré que certaines femmes rencontrent des freins importants : difficultés à s'exprimer librement, obstacles liés à la vie quotidienne ou à la rue, appréhension face aux hommes, et contraintes dans l'accès aux soins, aux droits et aux accompagnements.
Pour répondre à ces freins, un espace non mixte a été expérimenté, conçu comme un lieu sécurisant favorisant la parole, la création de lien et l'accompagnement. Des temps collectifs et des activités supports ont été proposés, permettant de faciliter l'accès aux services, d'aborder les problématiques d'addictologie, de santé et de droits, et de réduire les barrières à l'inclusion.
Ce dispositif, en cours d'ajustement, vise à mieux répondre aux besoins des femmes, à lever les freins d'accès et à favoriser leur participation et leur accompagnement dans les structures existantes.
Conclusion et perspectives
L'année 2025 montre la capacité du CAARUD à adapter en continu ses pratiques aux réalités de terrain, dans une logique de réduction des risques pragmatique, centrée sur les usages réels et les besoins des personnes accompagnées. Les actions menées témoignent d'un engagement fort des équipes, tant dans l'ajustement des outils (matériel, dispositifs) que dans le développement d'approches plus inclusives, notamment à destination des femmes ou des publics moins investis dans les dispositifs classiques de RdRD. Les situations rencontrées, qu'il s'agisse des pratiques d'injection spécifiques, de la consommation d'alcool ou des usages inhalés, mettent en évidence des enjeux persistants : nécessité d'adapter les réponses sans renforcer les risques, importance de maintenir un cadre sanitaire cohérent, et besoin de mieux articuler les interventions entre professionnels et structures. Dans cette perspective, plusieurs axes de développement se dessinent pour l'année à venir :
- Renforcer la continuité de l'accès aux soins, notamment par une présence infirmière plus régulière, indispensable à la sécurisation des pratiques ;
- Structurer davantage les pratiques de réduction des risques, en particulier sur l'alcool et certaines consommations moins investies, via des outils, des formations et un cadre partagé ;
- Développer les temps de coordination inter-équipes (CAARUD/CSAPA) afin d'assurer une cohérence des accompagnements et de favoriser des réponses concertées face aux situations complexes ;
- Poursuivre l'adaptation du matériel et des dispositifs en s'appuyant sur les retours des usagers et les recommandations nationales ;
- Renforcer la participation des usagers, notamment dans l'évaluation des actions et la co-construction des réponses ;
- Lever les freins d'accès, en travaillant notamment les questions linguistiques et en consolidant des dispositifs spécifiques comme l'accueil des femmes.
Ainsi, le CAARUD s'inscrit dans une dynamique d'amélioration continue, visant à concilier exigence sanitaire, accessibilité des services et respect des parcours et des choix des usagers.
Travail de rue
Le travail de rue mené en 2025 a permis d'aller à la rencontre des personnes fréquentant l'espace public, qu'elles viennent ou non dans nos différentes structures, afin de tisser un lien de confiance et de favoriser un accompagnement adapté au rythme de chacun, notamment dans les démarches de réduction des risques et l'orientation vers les structures répondant à leurs besoins.
Nous (le plus souvent l'une de nos cheffes de service) participons régulièrement aux réunions du GPO organisées par la Ville, ce qui nous permet d'être informés par nos partenaires des lieux de squats et/ou de consommation identifiés par eux, et ainsi de pouvoir échanger sur les missions et les limites de chacun face à ces situations toujours complexes.
Suite à ces réunions, cette année, au-delà des lieux habituels de manche dans les rues du centre-ville, les interventions se sont également concentrées sur les secteurs de Gallia et de la place du Musée d'Art moderne. Là, il a été mis en évidence une présence régulière de consommation sur ces espaces, générant des tensions entre les personnes concernées ou avec les riverains, et rendant la cohabitation difficile. Les partenaires ont également exprimé des difficultés à entrer en contact avec le public concerné.
Gallia : Dans ce contexte, des interventions de notre équipe ont été mises en place à Gallia. Nous y avons effectivement retrouvé un public déjà connu, dont certaines personnes nous identifiaient et nous connaissaient. Lors de ces interventions, du matériel de réduction des risques a été distribué, tout en sensibilisant les personnes rencontrées au respect du voisinage et en les invitant à se rendre à la salle de consommation à moindre risque. Nous constatons une présence importante de matériel de consommation abandonné au sol, notamment le long du quai et dans le bois. Nous avons pu ramasser le matériel usagé présentant des risques.
La place du Musée d'Art moderne : La délivrance de matériel de réduction des risques s'est confirmée comme un outil essentiel de prise de contact et de création de lien dans le cadre du travail de rue. La distribution de filtres à charbon actif, destinés à réduire les risques liés à la combustion pour les consommateurs de cannabis ou de tabac roulé, a permis d'entrer en relation avec un nouveau public. Sur ce lieu, nous observons des situations de deal, ainsi que des consommations de cannabis et d'alcool, pratiquées en petits groupes installés sur place. Le public rencontré est hétérogène et comprend notamment des personnes sans droits ouverts, des demandeurs d'asile, des personnes en situation de travail, ainsi que des mineurs non accompagnés.
De nombreuses sollicitations concernent les démarches administratives, notamment les demandes de régularisation et d'accès au logement, de la part des personnes fréquentant la place. Il nous a également été possible d'orienter certaines personnes vers les CSAPA de Strasbourg, suite à des demandes de soins en addictologie.
Ces deux exemples d'intervention, mises en place après signalement de tiers, sont venus à nouveau mettre en lumière que la délivrance de matériel de réduction des risques nous permet à la fois d'être identifiés comme des acteurs du champ de l'addictologie et constitue un levier de création de lien avec les personnes rencontrées. En effet, au-delà de notre parole et de notre présence effective sur le terrain, le fait de délivrer du matériel tangible répondant à leurs besoins de consommation nous permet d'entrer en contact et d'aborder les consommations, les pratiques, les effets recherchés, les risques ou encore les difficultés… tout comme nous pouvons le faire au CAARUD ou à ARGOS lors de la délivrance de matériel.
Comme d'autres démarches très concrètes, telles qu'un appel au 115, la délivrance de matériel en rue constitue un support à la relation et rend notre action sur le terrain à la fois crédible et concrète. Elle représente un pas de plus vers les personnes, afin de faciliter un mouvement de leur part vers nos structures. Cette intention guide notre action « d'aller vers », qui vise à éviter de se substituer au travail mené « dans nos murs ».
Après cette prise de contact, nous construisons patiemment un lien avec les personnes rencontrées, à force d'échanges et de temps de présence en ville, ponctués par des actions concrètes. Ce lien prend du temps à se construire ; il est fragile et peut facilement être mis à mal par la dureté de la vie à la rue. Nous pouvons entretenir longtemps ce lien avec certaines personnes qui ne fréquentent pas nos structures, afin de travailler le « potentiel » ; nous préparons le terrain pour laisser ouvert le champ des possibles, libre à elles de s'en saisir ou non.
Le lien établi représente une continuité entre nos structures et des personnes qui en sont éloignées. En effet, pour celles que les institutions ont mises à distance provisoirement (suite à des manquements aux règlements) ou celles qui ont interrompu une démarche de soins, nous maintenons le lien dans la rue. Nous continuons à aller à leur rencontre, reparlons des situations qui ont abouti à ces éloignements (volontaires ou de notre fait), démêlons les responsabilités, abordons les questions de violence, de honte et de culpabilité, et nuançons les discours, avec l'objectif de faciliter un retour ou une arrivée dans nos murs dans les meilleures conditions possibles.
Toutes nos sorties sont riches en rencontres et se terminent par un compte rendu, lors duquel nous mesurons à chaque fois l'importance et la nécessité de ce travail de rue.
Catherine, Mamadou, Solène et Aurore.