Non catégorisé

Le travail de première ligne de la SCMR a permis de confirmer que les usagers de substances

psychoactives les plus marginalisés faisant face à des problématiques de santé, n’accèdaient

pas aux soins nécessaires. Ils sont  fréquemment exclus des dispositifs  existants, dont les

fonctionnements ne peuvent s’adapter à leurs pratiques d’usages et à leurs réalités de vie.

Ils accèdent tardivement et dans l’urgence aux soins, après un parcours jalonné de ruptures,

ayant pour conséquence des hospitalisations et des prises en charge lourdes et coûteuses qui

auraient pu être évitées.

 


 PHOTO HEBERGEMENT

 

 

C’est pourquoi l’association Ithaque a construit un projet innovant intégrant un dispositif de

soins avec hébergement à la SCMR Argos. L’objet de cette expérimentation est l’amélioration

du parcours de soins des consommateurs actifs, en situation de grande précarité et présentant une

ou  plusieurs  pathologies  incompatibles  avec  la vie à la rue. La  spécificité de  ce lieu  est un

hébergement faisant preuve d’une grande adaptabilité et d’un haut seuil de tolérance, proposant

des « soins àdomicile » pour des personnes sans domicile.

 

 

photo hébergement 2

 

Une équipe pluridisciplinaire formée à la Réduction des Risques et des Dommages

(RdRD) présente 24h/24,  y  garantit l’accès à l’espace de  consommation, tout  en 

assurant l’organisation de  la  vie quotidienne.

 

Les intervenants ont pour  mission  de réaliser les soins et les  démarches sociales,  de

coordonner  le  parcours  de  la personne, de favoriser  les  accompagnements  vers les

partenaires extérieurs et d’organiser la suite du séjour.

 

Ce séjour temporaire, de 2 mois renouvelables, constitue pour les personnes auxquelles

il est destiné, un tremplin dans les soins, un trait d’union  entre la rue et un « après »

situé dans le tissu des dispositifs de droit commun.

L'équipe de Détours Jeunes est rattachée au CSAPA (Centre de Soins, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie) D'ITHAQUE et travaille sous la responsabilité de Gauthier Waeckerlé, Directeur de l'Association.

 

Interviennent à Détours Jeunes :

 

Mitra Krause

 

est psychologue clinicienne et psychanalyste. Elle est à l’origine du projet visant l’accueil de jeunes en retrait social et de leur entourage et en assure la coordination.

L’équipe de Détours est composée de médecins, d’une intervenante en addictologie et d’un cadre administratif.

Détours est rattaché au CSAPA de l’association Ithaque.

Selon Mitra Krause ce projet élaboré en commun, à partir d’une expérience clinique a pour but  de donner la parole aux proches de jeunes patients, inquiets, et à la recherche de réponses à élaborer en commun. « Nous avions compris que si la famille allait mieux, cela aurait une incidence favorable sur les jeunes en retrait ».

Mitra Krause : « Notre option de travail est singulière, les proches viennent en effet évoquer la problématique de leur enfant, absent physiquement, en tout cas dans un premier temps. C’est le travail mené par les proches qui va produire un mouvement générateur de changement. Dans un deuxième temps, certains des jeunes gens concernés, entament une démarche par eux-mêmes ».

« Après plusieurs années de pratique à Détours, nous avons été confrontés à quelque chose qui nous échappait. Nous nous sommes aperçus qu’à nos patients habituels cyberdépendants, s’ajoutaient de jeunes majeurs vivant reclus à leur domicile, qui ne sortaient plus, étant figés dans un état de rupture sociale. »

« Nous nous sommes dit alors que nous n’avions pas affaire à une addiction « classique », ni à des troubles d’ordre psychiatrique. Dès lors, la question était : comment venir en aide à ces personnes socialement isolées et à leurs proches ? »

« Notre travail clinique avec ces jeunes a débuté en 2015, en lien avec la microstructure médicale du Dr Claire Rolland Jacquemin. »

En 2016, Tadaaki Furuhashi un psychiatre universitaire japonais donne une conférence à Strasbourg, qui révèle que dans son pays les jeunes en retrait social sont nombreux et pris en charge depuis des années. Ils y sont objet de discussions entre scientifiques et d’une couverture médiatique régulière. Le professeur Furuhashi estime que les reclus en question ne relèvent pas dans la plupart des cas de soins en psychiatrie, mais que les causes de leur comportement sont d’ordre culturel, politique et social ».

Un travail de réflexion entre l’équipe de Détours et le professeur Furuhashi s’engage à partir de cette rencontre, sur des bases cliniques communes.

« Aujourd’hui, DÉTOURS accueille des jeunes qui s’isolent, en ayant conscience qu’eux, les premiers concernés, font rarement le premier pas vers nous, d’où l’importance d’une intervention concomitante et durable auprès de leur entourage. »

« Si je voulais conclure, au moins provisoirement : à DÉTOURS, nous évitons les jugements hâtifs, refusant de classer et de catégoriser les jeunes qui s’adressent à nous. En ce qui concerne ces jeunes en rupture sociale, nous savons que- paradoxalement, ils ont une conscience aigüe du monde, sur lequel ils sont toujours très ouverts.

 

Claire Rolland-Jacquemin

 

Elle exerce depuis 1986 la médecine générale dans le centre-ville de Strasbourg. En même temps, elle a crée au sein de son cabinet, une des premières microstructures d’RMS Alsace (Réseau des Microstructures) dans laquelle elle travaille en lien étroit avec une psychologue et une travailleuse sociale.

Auparavant, dans le secteur hospitalier, elle était consultante au CISIH (Centre d'Information et Soins de l'Immunodéficience Humaine) prenant en charge des malades du Sida. A l’époque il n’existait pas encore de traitements, permettant de les soigner, voire les guérir. «Nous nous trouvions dans une situation d’impuissance, étions des médecins aux mains nues. La sphère homosexuelle était alors une terre inconnue pour tous les professionnels. » Cette impuissance, elle l’a partagée avec les fondateurs d’ITHAQUE.

Le Docteur Rolland-Jacquemin est l'auteure d’une thèse sur la toxicomanie. Elle a fait pendant quatre ans des vacations dans un centre d’accueil d’urgence pour les personnes sans-abri.

« Mon cabinet médical est d’une facture classique, où des patients de différentes catégories sociales se côtoient dans un respect mutuel. Cependant, le bouche-à-oreille et la situation géographique du cabinet sur un axe nord-sud, au sein de l’agglomération et au-delà expliquent que je sois sollicitée par de nombreux patients addicts. »

« L’essentiel toutefois est ailleurs : c’est d’abord l’accompagnement personnalisé des malades-ce que les hôpitaux ne sauraient faire-, le refus de les enfermer dans un diagnostic, et une manière de pratiquer la médecine due à la psychanalyse. C’est ensuite l’importance que j’attache aux échanges avec les collègues partageant la même vision. Cela vaut en premier lieu pour celles qui font partie de notre microstructure. Ce qui nous unit, c’est la curiosité intellectuelle et médicale. Pour ma part, je dirais que j’ai enlevé les menottes professionnelles pour les poser à terre. »

« Grâce aux microstructures, nous médecins pouvons faire bénéficier les patients d’autres intervenants compétents. Dans le cadre d’une consultation habituelle, je leur demande s’ils souhaitent rencontrer –sur rendez-vous-une psychologue et un travailleur social. Ce sont donc trois personnes, situées sur un plan d’égalité, liées par une confiance réciproque, et investies de celle du patient, qui assurent le travail de soins. Il s’agit, pour résumer, de bien plus que d’une utilisation commune des locaux. »

« Le choix de mes engagements est bien entendu motivé par mon histoire personnelle, faite d’expériences parfois douloureuses, et nourrie par des histoires racontées par des conteurs qui ont le don de faire rêver les enfants .Dès mon plus jeune âge, j’ai voulu être médecin pour soigner les plus petits, sans exclusive aucune. »

« Les malades ont besoin de secours, comme nous tous. Nous apprenons, en nous penchant sur notre propre histoire, et en participant de manière intelligente à celle des autres. Ecouter les autres, c’est comme entendre le temps qui passe. C’est leurs récits qui sont passionnants, et qui aident le médecin à apporter réconfort et guérison. »

« Bien sûr, malheureusement , nous sommes aussi confrontés à des échecs, comme le suicide, rare mais particulièrement éprouvant. Mais avec le recul, et en toute modestie, j’aime à me rappeler une parole d’Isaïe : du « serviteur », il est écrit : «… Il n’éteindra pas la mèche qui n’est plus allumée, mais qui fume encore… » . Une mise en mots de l’espoir partagé. »  

 

Danièle BADER

 

Elle a dirigé l'Association ITHAQUE pendant plus de vingt ans, et a contribué à sa fondation en 1993.

Danièle Bader est éducatrice spécialisée et diplômée de l’Ecole de Rennes, qui forme les cadres des structures médico-sociales.

« ITHAQUE est à ses origines une initiative de Médecins du Monde. Nous étions alors en pleines années Sida. Dans notre région, l’Alsace, des toxicomanes mouraient par centaines. Nous voulions dans ces circonstances proposer une alternative au sevrage abrupt pratiqué en milieu hospitalier. Il fallait au plus vite mettre un terme au partage des seringues. A ce moment-là apparaît l’idée d’un bus d’accueil, et d’échange de seringues circulant le soir entre la gare de Strasbourg et différentes banlieues. Nous y avons délivré du matériel de prévention, conscients que le plus grand nombre des patients ne cherchait pas la mort, mais une vie différente. »

« Au regard des besoins, il nous fallait une permanence de jour, ce qui nous conduit à ouvrir en 1994 ESPACE INDEPENDANCE, appellation imaginée par les patients eux-mêmes.

« Pour répondre à leurs demandes diverses, nous avons décidé de mettre en place des microstructures médicales, composées de médecins de ville, de psychologues et de travailleurs sociaux, démarche qui aboutit, en 2000 à la création du réseau RMS Alsace regroupant 14 microstructures.

Aujourd’hui collaborent au sein de l’association nommée Ithaque en 2010, une centaine de personnes, dont trente bénévoles. Elle bénéficie d’un budget annuel de 4 millions d’Euros. »

« Le nom de l’association évoque bien sûr le voyage d’Ulysse qui, après une longue errance rejoint Ithaque, sa patrie et havre de paix tant désiré. »

« La réputation d’ITHAQUE repose sur les résultats obtenus : la réinsertion de nombreux patients, l’amélioration de leur qualité de vie, le très petit nombre de cas d’overdose, etc... Pour y parvenir, nous avons créé en 2016 entre autres dispositifs une salle de consommation à moindres risques .ARGOS, c’est son nom(emprunté au chien d’Ulysse),se trouve dans un ancien bâtiment de l’Hôpital Civil où ,dans un avenir proche seront installées dix chambres d’hébergement pour des personnes fréquentant la Salle augmentées à moyen terme de dix autres. »

« Tous ces résultats, et d’autres encore sont sans aucun doute dus à notre volonté de supprimer les barrières entre soignants et soignés. Ces derniers ne sont pas-à nos yeux-des exécutants qui obéiraient à des sachants, mais des interlocuteurs qui, au cours de réunions communes participent à l’élaboration d’une démarche thérapeutique. Les patients connaissent bien les drogues, leurs effets et savent ce qu’ils vivent. De ce fait, nous pouvons apprendre de ceux que nous soignons. Nous ne nous limitons pas à être des gestionnaires de santé appliquant aveuglément des textes élaborés loin du terrain. Et puis nous tenons également à veiller à la considération mutuelle entre les différentes compétences des personnes engagées à ITHAQUE. Nous sommes fiers de pouvoir travailler dans des locaux sans vidéo-surveillance, aux entrées et portes ouvertes, et satisfaits du nombre infime d’incidents (violences, vols, tags…). »

« Au fil des ans, ITHAQUE a élargi son champ d’intervention. D’autres addictions appellent des réponses adéquates, qu’il s’agisse de la consommation excessive d’alcool ou de tabac et celle, problématique chez certaines personnes de plus en plus jeunes, de cannabis, sans oublier la pratique excessive des jeux. »

« J’aimerais souligner encore que notre engagement inclut le devoir d’alerter le public et les décideurs en cas de difficultés ou de dérives dans la prise en soins des addictions, ou de ségrégation à l’encontre des usagers de drogues. »

 

Témoignage 1

 

Enfant en Retrait

 

Il ne cherche plus de travail/ il aimerait mais n’y arrive pas

Il reporte, reporte encore,

Reste chez lui, ne veut pas être confronté aux autres,

Sort de moins en moins

Semble tourmenté, désemparé, ne veut pas parler de tout cela.

Surfe toutefois sur le net pour savoir, comprendre….

Essaye de dompter son angoisse…

 

Parent inquiet, angoissé

 

Je questionne, j’argumente, j’encourage, m’énerve, essaye de poser des limites, m’énerve encore, crie

Rien n’y fait

Je me décourage, je culpabilise, qu’est-ce que j’ai fait ou pas fait ?

Qu’est-ce que j’aurais dû… , etc …., etc …

J’ai peur pour lui, pour son avenir, quand je ne serai plus là ….

 

C’est pas une Vie !

 

Et Pourtant si …… pas celle que je pensais moi Parent, pas celle que je lui pensais possible vu ses capacités, ses qualités

La Sienne dans notre famille, dans notre région, dans ce pays, dans ce contexte, dans cette société avec les enjeux de notre époque !

                                     

Je suis ….. Il est….. Autre,

Si singulier, si "pas dans la norme", si pas comme il faudrait, si apparemment fragile

Il souffre

Et je souffre de ne pouvoir enlever sa souffrance

Impuissance, détresse, que faire, que dire ?

Mais qui souffre ? Lui

       

Alors ne pas en rajouter, ne pas lui faire porter le poids de mon inquiétude, de ma colère, de ma déception, de mon découragement.

Couper ce cordon toxique

Sortir de ce cercle infernal.

Comment ?

 

Continuer mon chemin pour lui laisser trouver le sien.

 

Chercher un lieu pour en parler, mettre des mots pour alléger l’esprit et le cœur, trouver ce lieu d’écoute qui aide à voir et considérer la situation

sous un autre angle.

S’enrichir des échanges et partager des expériences avec d’autres parents.

 

Apprendre à patienter jusqu’à ce qu’il puisse sortir et trouver sa propre voix/

sa voie dans cette société où rien n’est gagné d’avance.

 

Le calme revient, je commence à comprendre, percevoir la complexité, et me rendre compte que l’important est de laisser parler

mon cœur, de lui faire sentir mon amour indéfectible, maladroitement souvent, mais sûrement.

Rester un parent debout, un interlocuteur. Lâcher prise sans abandonner la partie !

 

CC

 

Témoignage 2

 

La première image qui me vient est celle d’une silhouette ; à peine un corps, presque pas de visage.

La silhouette est cachée sous des vêtements amples, informes. Le capuchon cache le visage, les grands yeux sombres, les traits fins de mon fils.

Son si beau visage.

Je le regarde, campée sur le pas de la porte de sa chambre. Me voit-il seulement ? Il est assis devant son écran, des images tressautent, tressaillent devant lui. Un monde qui m’est inconnu mais qu’il semble maîtriser à la perfection.

Il joue. Il est ailleurs. Il parle, parfois, en anglais, avec des inconnus qui jouent avec lui, sans le connaître, au bout du monde. Des jeux en réseau.

B, - appelons le B, comme Baptiste, Benjamin ou Bernard - ne sort plus. Ne quitte sa chambre que pour avaler un peu de nourriture, vite, sans parler, sans rien me dire.

Depuis combien de temps ? Je ne sais plus, le temps semble s’être arrêté.

Longtemps, trop longtemps.

L’angoisse monte.

Autour de moi, les solutions pleuvent, les conseils abondent, prends-lui son ordinateur, débranche internet, coupe-le de son addiction.

Le mot est jeté, qui fait peur.

Mon fils serait-il addict à son écran ? Que fuit-il ? Pourquoi ne veut-il plus participer au monde ?

Qu’ai-je fait, pas fait, mal fait ?

Que lui ai-je fait ?

Je suis coupable, forcément responsable, moi la mère.

C’est aussi ce que l’on me renvoie : il faut que tu agisses, que tu réagisses, tu es trop bonne ! Trop conne ! Il en profite, de ta faiblesse. Tu dois être ferme, il doit t’obéir.

Je ne suis pas ferme, je ne demande rien, exige encore moins. J’oscille entre les pleurs, les cris parfois. Je hurle.

Il ne répond pas, ou à peine.

Il s’enferme, s’enfonce, et moi avec.

Et puis, je tape « addiction » sur mon ordinateur. Le nom d’une association apparaît. Il y a un formulaire. J’écris, on me répond.

On me donne un rendez-vous.

Je vais parler, enfin, à quelqu’un.

Quelqu’un qui ne jugera pas ; devant qui je ne serai pas coupable. Quelqu’un qui essaiera de comprendre.

Nous essaierons de comprendre, ensemble.

Et puis, un matin, autre image : B est assis sur le bord de son lit, un médecin de l’association l’attend, il a rendez-vous.

Il ne veut pas, il ne peut pas, il transpire, il ne bougera pas. Il est gris, a mal au ventre, envie de vomir. Il ira plus tard, demain, ou après-demain, mais pas aujourd’hui, il ne peut pas.

Je lui tends la main, il la regarde, puis l’agrippe, se lève, me suit.

Il est dehors.

Sa main dans ma main. J’ai l’impression de lui donner la vie une seconde fois.

J’ai appris cela : on n’a jamais fini d’élever son enfant, ou plus exactement, on n’a jamais fini de s’élever à travers lui.

Donner la vie dure toute une vie.

B m’a beaucoup appris, et ce n’est pas fini.  

Il y aura des rechutes, des temps d’arrêt, des crises. Rien n’est jamais acquis à l’homme, disait le poète Aragon.

Aujourd’hui, B observe le monde, il veut être dedans. Il s’est redressé, a enlevé sa capuche, il sort tête nue. Il a trouvé un chemin dans ce monde dont il avait si peur.

Malgré tout.

Malgré l’imperfection de ce monde, malgré le mal et la souffrance, malgré la peur.

G.S.

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